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Comment est né le Airbnb français de la teuf ?

WePeps : l'économie collaborative au service des fêtards ?

  • Thomas Andrei
  • 30 March 2018

Lancé en 2016 par deux potes de fac, WePeps propose de louer un espace pour faire la fête, façon airbnb. Le co-fondateur de l’entreprise, Benjamin Poutier, raconte la naissance de ce projet qui pourrait contribuer à une simplification générale de l’organisation d’événements festifs.

C’est beau une ville la nuit. Que ce soit, Paris, Londres, Bordeaux ou Lyon. C’est beau parce qu’on peut voir les appartements éclairés. En se mettant sur le jour, la nuit donne accès aux intérieurs des autres. Des logements parfois différents de ceux du quartier ou du milieu social de celui qui jette un coup d’oeil furtif un peu honteux. Un brin curieux et imaginatif, on peut aisément se voir siroter un cocktail dans cette pièce aux bibliothèques sombres remplies de bouquins éclairés à la lumière chaude. Ou un simple verre de rosé gris sur cet étroit mais très long balcon, l’été venu, les derniers rayons de soleil invoquant la nécessité d’une paire de lunettes de soleil.

De Gustave Toudouze à la région lilloise

Ce simple phénomène qui pousse à penser : “Putain, ce serait bon de faire une soirée là-dedans “ est à l’origine de WePeps, le Airbnb de la fête, qui propose de louer des logements pour quelques heures histoire de rire, boire et danser. Originaire d’Évry, le co-fondateur de l’entreprise, Benjamin Poutier, 33 ans, lunettes de vue arrondies, barbe bien taillée et pull marine, vit aujourd’hui à Courbevoie. Loin des balcons du 9ème arrondissement parisien, sources de son inspiration. “ On était sur la terrasse d’un bar qui s’appelle le No Stress, sur la place Gustave Toudouze, se souvient-il, calé sur une chaise de bureau noir dans les locaux de WePeps, rue de Montmorency. On buvait des Carlsberg. Ce quartier, c’est plein de petites rues, d’apparts avec de beaux balcons en enfilade. On se disait ‘ce serait super de faire un site internet où on pourrait louer ça pour l’apéro.’”

De cette agréable soirée de mai 2016, naît une étude de marché. D’abord, Benjamin et son amie Lena, se concentrent sur les espaces extérieurs. Sauf que la France n’étant pas le Brésil, louer une terrasse ou un jardin à Angers au mois d Février risque de ne pas exciter grand monde. Alors, le duo s’ouvre à au marché des intérieurs. Le duo qui travaillait autrefois pour la confédération générale des cadres, a l’habitude d’organiser des évènements. Trop souvent : “dans des salles de séminaires à la moquette salle”, laisse échapper Benjamin. Sur WePeps, au contraire, qualité et propreté doivent toujours être de la partie.

Dès décembre 2016, une propriété est louée, à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Un simple pavillon des années 50, avec une pièce de vie à l’Américaine munie d’une table blanche et de chaises en cuir noir. Rien d’extraordinaire, mais qu’importe. La maison est louée pour un anniversaire et l’opération est lancée. Aujourd’hui, le site liste plus de 100 propriétés à Paris, Melun, Angers ou St. Malo. Il peut s’agir d’appartements, de lofts, d’un ancien couvent bénédictins ou même d’une grange à Chartres. La plus belle propriété ? Pour Benjamin, il s’agit d’une ferme rénovée dans les champs de Bondues, dans le Nord.

Séminaire et fêtes d’anniversaires

Comme on peut le lire sur le lien, la demeure est louée pour des évènements professionnels. WePeps ne s’appelle pas WeRave. Sur le site, une vidéo de présentation illustrée par une musique de type “anniversaire Facebook : Fête tes 10 ans d’amitié avec Carole “ montre une dizaine de jeunes gens polis qui boivent du champagne sur un balcon. C’est au propriétaire de lister le thème d’événements qu’ils acceptent : séminaire, apéro, fête d’anniversaire.

En même temps, ils listent la capacité de leur propriété et le nombre d’heures de location. Les options sont variées : on peut réclamer la présence d’une cheminée, de pistes de bowling, ou, moins fun, de chaises de bébé. Niche dans l’économie collaborative, WePeps vient combler un vide laissé par Airbnb, où les propriétaires refusent souvent tout type d’événement. Ainsi, le concept vient apporter des solutions à nombre de problèmes. “ Je vis dans un appartement de deux pièces, reprend Benjamin, depuis son bureau, des posters de Star Wars, du Seigneur des Anneaux et de Maléfique dans le dos. Je ne suis pas un grand fêtard, mais dès que je veux organiser ne serait-ce qu’un simple repas, c’est vite problématique. Recevoir du monde dans 35 mètres carrés, ce n’est pas évident.”

Un problème qui rappellera à beaucoup d’innombrables soirées autour d’une table basse IKÉA, à boire du vin blanc les fesses à même le tapis, les genoux frottant ceux des convives dans un studio bien trop petit pour 12. Pas nouveau, notamment à Paris, où le manque d’espace pour organiser des soirées s’accentue depuis dix ans, allant de pair avec la paupérisation de la jeunesse. Si les locataires ont souvent entre 25 et 30 ans – les plus jeunes étant suffisamment jeunes pour se coller dans des bars surchauffés – les propriétaires ont, eux, entre la quarantaine et la cinquantaine. Chaque tranche d’âge y gagne. Et, il semblerait, même celle qui préfère dormir.

Ces étranges créatures, qui revendiquent sans honte leur préférence pour une bonne nuit de sommeil plutôt que danser sur du Daniel Avery dans l’obscurité, sont bien sûr l’obstacle principal rencontré par les fêtards des grandes villes et d’ailleurs. Avec WePeps, le voisinage devient le problème du propriétaire. “Déjà, le propriétaire échange avec le locataire, explique le jeune chef d’entreprise. Il voit avec lui quel genre d’événement ça va être. Puis on peut définir si on accepte une nuisance sonore faible, modérée ou forte. “

Un conseil : ne choisissez pas une propriété au volume sonore “modéré” si vous organisez une rave. Ça ne passera pas. “Sur certaines annonces, l’hôte demande à être présent, affine Benjamin. Il y a aussi une caution. Ce n’est pas 300 euros comme Airbnb, mais minimum 600 balles ou 2 000 euros. Alors, forcément, tu dois être vigilant.” Pas possible, non plus, d’inviter des sauvages qui pisseraient sur les lits ou briseraient des miroirs. “Il y a une assurance qui va avec le site, sourit Benjamin, poliment. On a un partenariat avec la MAIF. Chaque locataire sur le site leur paie 14,17 euros, qu’on doit leur rembourser. Cette assurance couvre les infrastructures, à hauteur de quelques millions. Mais aussi ta personne, au niveau de ta responsabilité civile et aussi tes invités. Puis il y a une assurance sur les biens. Si on pète ta table basse, ça peut être couvert.” Tout est cadré, donc, et pas forcément super fun. Mais c’est bien l’époque dans laquelle on vit.

WePeps est probablement pour le moment plus à même de satisfaire les apéros au muscat pétillant et anniversaire d’enfants que les véritables grosses soirées. Mais, dans le futur, les choses pourraient évoluer. Actuellement, Benjamin est en train d’essayer de répondre à une demande excitante : trouver un lieu pour organiser un concert. Si ça se fait – et on peut lui faire confiance – son modèle deviendra encore plus intéressant. Et pourrait vraiment devenir le airbnb de la fête. Puis, si airbnb est souvent critiqué pour transformer des quartiers pittoresques en quartier à touristes, les changer en zones de fête serait déjà plus positif. Si ça se déroule dans les appartements du 9ème, le quartier retrouverait enfin sa brillance d’antan.

Propos rapporté par Thomas Andrei.

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