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'Dix Ans' : les réalisateurs du docu anniversaire d'InFiné racontent un an de tournage

“Carl Craig est arrivé avec un fût’ en simili cuir peau de serpent”

  • Thomas Andrei
  • 1 December 2017

Fondé en 2006, InFiné dévoilait la semaine dernière un documentaire pour fêter ses 10 ans, avec quelques mois de retard. Le projet est né d’une idée de Louis Muller, alors en stage au sein du label français et désireux d’exposer au public l’étendue du travail de son employeur, trop méconnu du public. Avec son collègue Pierre Adamczyk, il réalise un film élégant, froid et minimaliste sur une maison de disque exigeante, qui n’a pas fini de mélanger les genres, du classique à l’électronique en passant par le flamenco. Le duo raconte les longs mois de tournage, à attendre Carl Craig en loge, Rone dans une rue un peu glauque de Montreuil et à filmer des poules.

Dans le film, il y a une variété de lieux et d’atmosphères. C’était voulu, ces différentes ambiances qui illustrent les différents courants musicaux du label ?

Pierre Adamczyk : Oui. C’était pour accentuer la diversité des styles de musique sur le label. Chaque style a un genre de spacialité. La musique de Francesco Tristano, c’est presque de la musique de chambre, un peu baroque. Murkof, c’est filmé dans une église, parce qu’il y a beaucoup de réverbération et de travail sur les échos. On a essayé de donner une image visuelle à chaque type de production. Même si Carl Craig, on n’a pas pu le filmer dans une boîte. On l’a eu à la Gaité Lyrique en avril 2016.

Louis Muller : Mais Craig avec Tristano pour leur projet à la Gaîté Lyrique, c’était parfait. C’est moderne mais ils ont conservé du classique. On avait une indépendance totale et on a adopté l’esthétique du label. Quelque chose d’épuré, d’assez simple. C’est une esthétique qui nous plaît aussi à nous, donc c’était naturel.

P : Rone à la Philharmonie, ça représentait bien cette volonté de rendre publique une musique savante, très symbolique de ce qu’essaie de faire InFiné : créer un pont entre une musique savante et une musique électronique plus accessible.

L : C’était la clôture du tournage et la conclusion parfaite. C’était mortel. Plein de gens étaient venus en chemise blanche en mode gros club et ils étaient hyper déçus. Mais d’autres étaient ravis. C’était plus une BO de film, beaucoup de plages ambiantes. Pas des beats technos. C’était hyper travaillé.

Ce parking qui semble mener au studio de Rone, c’est où, c’est quoi ?

P : Tu t’attends à ce qu’il ait un studio insonorisé incroyable en haut d’une tour et en fait, non. C’est dans un parking souterrain à Montreuil. C’est un peu à son image, super humble. C’est un musicien à hauteur d’homme.

L : On l’a attendu 10 minutes devant. On se demandait : “ mais, c’est vraiment là ?” On a fait le tour. Y’a écrit “ nique ta mère” sur la porte d’entrée. Dedans, y avait une bouteille de Nikka. Il était encore plus gêné que nous, ultra-stressé. Alors il a pris un petit verre de whisky pour se détendre. C’est sans prétention. Il n’a pas un disque d’or accroché au mur.

Le cadre de l’interview d’Alexandre Cazac est agréable, aussi. C’est chez lui ? Vous vous souvenez de détails ? Du nom de son chien ?

L : Ah son chien, c’est Tao. Il a un portrait de lui sur son bureau ! Il fait vraiment partie de la famille.

P : Je ne sais pas si on peut le voir, mais quand on filmait, il y avait son ordinateur dans le champ et il se mettait en écran de veille. Du coup on pouvait voir des photos de son chien tourner. Limite des selfies. Puis il a deux chats, des poules. C’est un peu une ferme. Il fabriquait une petite cabane en bois pour ses enfants dans le jardin, donc il y avait vraiment cette dimension paternelle.

L : C’est dans une petite rue planquée, étroite, pas loin de la station de métro à Montreuil. Sa femme, c’est Vanessa Wagner, qui joue avec Murkof. Donc tu as aussi une pièce avec un immense piano. Ces poules, c’est Bachar Mar-Khalifé qui lui les a offertes. Il est sur le label aussi. C’est une famille de végétariens, donc ils ne mangent pas leurs poules. Mais ils mangent les œufs.

Francesco Tristano et Carl Craig, ça devait être un peu surréaliste de les voir tous les deux ensemble.

L : Ouais ! Carl Craig, il est arrivé avec un fût’ en simili cuir peau de serpent. Il était super occupé. On l’attendait dans la loge sans savoir s’il allait arriver.

P : Et Tristano arrive avec sa combinaison classique : t-shirt, petit brassard de tennis pour s’essuyer le front. C’est marrant de voir à quel point ils sont différents. C’est comme des persos sur des jeux vidéos. C’est ce que dit Tristano au début du film. C’est beaucoup de personnalités très différentes et c’est ça qui fait l’intérêt du label. Par rapport à un label avec des personnalités beaucoup plus monochromes.

J’imagine que vous avez du beaucoup couper. Quel est le plan ou la scène que vous avez eu le plus de mal à virer ?

P : On avait largement une heure, qu’on a dû couper. Beaucoup de plans du chien d’Alex. Puis Rone, qui nous expliquait beaucoup son univers SF. Émotionnellement, il se projette vraiment dans ce qu’il raconte. Quand il parle de sa rencontre avec Alex, il a su que sa vie allait basculer. On a aussi dû couper les scènes avec Gordon qui faisait un atelier avec d’initiation à la musique électronique pour les enfants.

L : Il paniquait, les enfants faisaient n’importe quoi et ils ne savaient pas comment gérer. Les enfants ont fini par faire de la musique d’enfant. Il a lâché prise. Carl Craig nous a aussi raconté qu’un soir, une grand-mère est venue voir Francesco Tristano après un de ses concerts. Il jouait ses compositions plutôt classiques et à la fin il reprenait Strings for Life (de Derrick May, morceau fondateur de la scène techno de Detroit, ndlr). Elle lui a demandé qui était le compositeur ! Sachant qu’on parle rarement de compositeur pour un DJ…

Tous les artistes d’InFiné sont très différents mais se considèrent quand même comme une sorte de famille. Qu’est ce qui les unit, selon vous ?

L : L’ouverture, peut-être. Bruce Brubaker n’a baigné quasiment que dans du classique. Il a été prof à Julliard. Mais le soir du concert à la Gaïté, il écoutait de la musique électronique hyper vénère. C’est un grand gaillard, il fait presque 2 mètres. Mais il est hyper patient. C’est quelqu’un d’hyper ouvert et réceptif. Je pense qu’ils sont vraiment comme ça chez InFiné. C’est ça qui leur permet de croiser les genres.

P : C’est leur vision de la musique qui est similaire. Pas sur la forme, mais sur le fond. Cette volonté de ne pas vouloir aller dans les chemins tracés par des modes ou les tendances. Puis ils ont des relations entre eux. Brubaker, il est très paternel avec Francesco, dont il a été le prof. Il dégage une sagesse que tu retrouves dans sa musique. Ils s’entendent vraiment bien. Beaucoup de label se créent sur des collectifs, alors que là c’est surtout des relations avec Alexandre.

L : Il le dit, s’il a créé ce label c’est pour produire des artistes qui n’étaient pas représentés. Combler un manque. C’est sa vision musicale mais aussi au niveau des gens. Et ils vont encore plus s’ouvrir sur les prochaines années.

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