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Le DJ Masqué raconte son vol pour Miami sous champi

Ça plane haut dans le ciel

  • Texte : Le DJ Mystère I Traduction : Clark Engelmann I Illustration : James Clapham
  • 30 March 2017

"Le DJ Masqué" est une série de blogs rédigés par des artistes invités qui, sous couvert d'anonymat, nous font part des expériences et des déboires de la vie de DJ. Dans un souci de préserver l'authenticité du témoignage, le texte n'a pas été édité.

Je vérifie souvent mes bagages pour voir s’il n’y a pas de drogues oubliées à l'intérieur. En général, c’est le charmant agent de sécurité de l'aéroport qui s’en charge, mais il n’empêche que j'aime le faire moi-même d'abord. Lorsque vous êtes DJ, les gens vous couvrent de drogues. Parfois, littéralement. Alors que vous êtes dans le club, lls peuvent glisser dans vos sacs un stupéfiant petit «cadeau», cela avec les meilleures intentions du monde. Cela ne leur traverse pas l’esprit qu’à peine quelques heures plus tard, ces mêmes sacs vont devoir traverser les scanners, les rayons X, les truffes des chiens de détection et les fusils-mitrailleurs de sadiques en service. Enfin, il n'est pas exclu que mon tour manager range un petit pochon « au cas où » puis l’oublie. Vérifier n’est donc pas un luxe.

Mon tour manager et moi-même nous rendons à la conférence annuelle de Miami. Dans les 80s, la Winter Music Conference, ou WMC, a voulu s’imposer comme LA conférence destinée à l'industrie mondiale des musiques électroniques. Évidemment, les organisateurs étant américains, ils croient alors dur-comme-fer en cette énormité. Tout notre business plan de l’année était généralement bouclé au moment de la WMC, mais un peu de publicité ne fait jamais de mal. Nos hôtes mettaient sous clef tout l’alcool, les drogues et les femmes dès que les Britanniques arrivent. C'est vrai qu'habitués à nos étranges lois victoriennes, on se jette sur tout ce qui bouge comme des Vikings titubants, terrifiés à l’idée qu’on refuse de nous servir à partir de onze heure du soir et que la Reine s'en trouve contrariée.

Nous sommes sur le point d'embarquer, je vais aux toilettes pour vérifier mon sac. Dans une petite poche rarement utilisée, je découvre un pochon qui contient des bâtonnets séchés. Au début, je suis incapable de dire précisément ce que c’est. Méthodiquement, je renifle l’intérieur du pochon puis palpe son contenu. Ça ressemble à des feuilles, mais pas à de la marijuana. La fin d'un processus de momification ou bien un rituel satanique, me dis-je. Je retourne à la salle d’embarquement.

« Je pense avoir retrouvé un grand pochon de champignons magiques. Je suis sûr qu'ils étaient dans mon sac depuis toujours et qu’ils ont dû traverser tous les aéroports du monde, sans jamais être détectés. »

Mon tour manager n’est pas vraiment intéressé. Il préfère les choses plus rapides et plus onéreuses. Je me rends au bar où je commande du thé, pour deux personnes. Puis je me débarrasse des sachets de thé et déverse tout le contenu du pochon dans l’eau chaude. Décollage imminent dans 20 minutes.

« BERK ! »

Ce tour manager avait l'habitude de sortir des expressions de bandes-dessinées enfantines des années 50. Le genre d’expressions qu’on ne trouve qu’écrites, et surtout qu’on ne prononce jamais.

"PFFFT! Comme ce thé est vilain! ».

«Tais-toi et bois ».

Je me sentais mal et en même temps pas du tout. On ne devrait jamais droguer un ami, peu importe combien il semble en avoir besoin.

Nous avons bu tous les deux la totalité du thé.

En me réveillant, je me sens particulier. Je me trouve dans l'avion qui n’est pas l’avion. Ca ressemble à l’intérieur d’un avion mais pas d’un avion réel, plutôt celui d’un avion de dessin animé. Voire à une esquisse d’intérieur d’avion. Même que le dessinateur est plutôt bon. J’éprouve une étrange sensation de flottement. Quand je me retourne vers le tour manager, il semble pour une fois totalement béat et serein.

« J’ai l’impression de flotter. »

« Tu planes, me répond-il. »

« Je plane? C'est étonnant. »

« Si tu appuies sur ce bouton magique là-haut, ça va faire apparaître une femme sexy. »

« Vraiment?! Ca aussi c’est incroyable. Je peux essayer? »

« Lâche-toi, je t’en prie. »

« Hahahaha. » Je presse quelques boutons et une belle dame apparait. Je fais un geste et montre mon Tour Manager.

« Il dit que je plane! »

« Il a raison, Monsieur. Vous volez, » me répond-elle.

« C'est juste... incroyable. »

« En fait c’est plutôt commun Monsieur. »

« Oh non. Ne soyez pas si cynique Madame. C'est vraiment une belle chose. Tu devrais essayer. » Je me tourne vers le siège à côté de moi.

« AAAEEEE ! Il a disparu ! »

« Je crois qu'il est juste allé aux toilettes Monsieur. Que puis-je faire pour vous? »

« S'il-vous-plaît, ramenez-le ! Ce n’est pas une mauvaise personne, il est juste un peu différent. »

« Je suis là, idiot, » dit une voix.

« AAHH! Comment diable fais-tu ça !? »

« Eh bien, c’est très simple, tu as pris une grosse dose d'hallucinogènes périmés alors que moi, pas. »

« Bien sûr que je les ai pris, imbécile ! Je sais bien ! Et toi aussi. »

« Tu es un idiot, et non, je n’ai rien pris. »

« Est-ce que je vraiment un idiot? » Je me retourne brusquement. « Tsssst, hehe ... oo. Regarde ! Regarde ! Regarde ça ! » J’appuie de nouveau sur le bouton d'appel. La préposée d’apparaître.

« Oui Monsieur? »

« Ppppfffftt .... Hhh hhhf ... excusez-moi .... Tssssfff pppffft hehehehehe... ON EST BIEN PERCHÉ? Hahahhahaha! HAHAHAHAHA! »

« Environ trente mille pieds, Monsieur. »

« Aaaah ... hahahahahaha! Hehehehe ffffft! »

Mon Tour Manager intervient. « Je suis vraiment désolé, il est un peu simplet. »

« Pfffffft hahahahaa! »

« C'est un genre de savant Asperger et moi, je suis son médecin, heureux de vous rencontrer. » Il fait de son mieux pour se faire remarquer, remuant vers elle ses sourcils ridicules d’une façon qui se veut anodine. La normalité n'a décidément jamais été son point fort.

« Docteur !? Hahahahaha. Excusez-moi ! EXCUSEZ-MOI ! Et là, on est pas tous en train de planer ? Pffffttttt. Docteur! »

« Oui, c'est vraiment une triste histoire. Je risque d’avoir besoin d'aide avec lui. Je vois que vous semblez être une jeune fille très capable; peut-être pourriez-vous m'aider ? Avez-vous déjà envisagé la profession d’infirmière ... »

Il émet un drôle de borborygme et me regarde exactement comme m’aurait regardé un monstre qui prétend être ce qu’il n’est pas. L'hôtesse semble elle aussi s’en être rendu compte, à voir la façon très professionnelle dont elle recule, en évitant les gestes brusques qui auraient pu provoquer un mouvement de panique et éventuellement la décompression explosive de l’habitacle.

« Un peu étouffant par ici, …besoin d'ouverture d’une porte », je marmonne, dans les vappes.

Le Tour Manager réagit en tournant les deux molettes juste au-dessus de moi, ce qui a pour effet de m’envoyer un jet d'air glacial en plein dans mes yeux secs. La sensation est à peu près identique à celle d’une bombe lacrymogène. Le reste, je ne m’en souviens plus.

Ensuite, nous flottons à la surface d’une étrange planète désertique, sans relief, faite de brume indistincte qui doit être le tarmac bouillant. Eh bien... mon tour manager semble lui aussi flotter. Moi j’ai plutôt l’impression de rouler. Il me pousse dans un fauteuil roulant. Je peste, indigné.

« C'était soit ça, soit être sorti de avion par la police paramilitaire, » me répond-il, lassé.

« Tu as presque réussi à vider un avion en plein vol à toi tout seul. Les sons qui sortaient de ton corps ressemblaient aux bêlements d’une chèvre. Mais à un niveau digne de l’Exorciste. Ton vomi tirait sur le vert. »

« Ah ! Tu peux aller un peu plus vite ? Il fait très chaud. »

« Bienvenue à Miami. S'il te plaît, ferme-la et bonne journée, » il rétorque.

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