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Larry Heard : what about this man ?

Charlotte, S3A, Jim Irie, Nick V et Thomas (J.A.W. Family) se livrent sur leur rapport à Larry Heard.

  • Nora Djaouat
  • 17 February 2017

Larry Heard est considéré à juste titre comme l'une des légendes de la house music. S’il n’a pas été aussi exposé que le regretté Frankie Knuckles, le discret Larry est pourtant derrière certains des plus beaux titres du genre, à l'image du fameux "Can You Feel It". Sous différents alias (Mr Fingers, Loosefingers, Gherkin Jerks, etc.) et groupes (Fingers Inc., The It), ce batteur de formation a prouvé au fil des années qu’il était le maître incontestable du groove.

À l’occasion de son live très attendu - sa première prestation à Paris depuis 7 ans ! - au Peacock Festival en compagnie de l'excellent chanteur Mr White, nous avons laissé la parole à Charlotte, S3A, Jim Irie, Nick V et Thomas (J.A.W. Family) afin de découvrir leur rapport à Larry Heard.

Charlotte

Charlotte est une DJ corse installée à Paris depuis maintenant deux ans. Elle s’est faite remarquer par ses mixes qui oscillent parfaitement entre house et techno.

"Pour moi, il a toujours sonné comme une évidence quand je faisais référence à la house music. Larry Heard est une légende de Chicago, je l’ai découvert principalement à travers ses deux sorties mythiques sur Trax Records. Et puis c’est un batteur de formation, comme moi !

Larry Heard m’inspire l’âme d’un artiste discret qui s’est battu à travers ses productions pour être un membre actif de la montée exponentielle de la house dans les années 80 et, qui à terme, a résonné dans la plupart des pays du monde. Il m’inspire avant tout le respect.

Il est très difficile pour moi de ne choisir qu'un morceau de Larry Heard. Il y a cependant ce vocal "My House" de Fingers Inc. que j’aime beaucoup. À mes yeux on ne peut pas parler de Larry Heard sans parler de Robert Owens et Ron Wilson (ndlr. les deux autres membres du trio Fingers Inc.). Ce track me donne des frissons à chaque fois que je l’écoute. Il est pour moi l'hymne de la house. Je n’ai d’ailleurs jamais essayé de travailler cet a capella : c’est comme ça que je l’aime ; brut, pur. Je ne joue pas souvent ses tracks mais cela m’arrive parfois et si je ressens une vibe particulière, je passe cet a capella en intro ou pour finir mon set. Le vocal envahit progressivement l’espace et soulève les gens. Il y a de la religiosité dans ces moments ; on communie.

Pendant l’édition 2016 du festival Cargèse Sound System, je partageais l'affiche avec entre autres, Sebo K, qui avait sorti un vinyle l’année d'avant composé de quatre remixes de Mr Fingers. Je me souviendrais longtemps du moment où il a passé "Aquamarine" en version acid dub de Heard, face à la mer."

S3A

Résident Concrete à la tête du label S3A Records et amoureux des samples, S3A officie comme DJ mais il est également producteur de talent. La preuve ici.

"J’ai découvert Larry Heard par Mr Fingers. J'ai commencé à être autonome en musique électronique en 1992 et à l’époque deux Anglais m'ont donné une cassette d'une rave enregistrée. Les samples de "Can you feel it" y étaient bien présents. Du coup, quand j'ai entendu ce track dans d'autres mixes j'ai tout de suite été marqué. Après, dans ce qui est comparable, je me sens plus proche de Frankie Knuckles mais j'aime la pluralité de Larry Heard qui peut aller du jazz à l’acid house.

Même si je suis arrivé un peu après, j'ai énormément de respect pour sa musique, il est de ceux qui ont construit "from scratch" et qui ont créé un style. Ça été déterminant et le point de départ pour une génération entière. J’aime beaucoup "Can You Feel It" pour l'humeur et les traces indélébiles qu'ont laissées les samples, et aussi pour le speech qui était clairement une revendication dans le début des années 90. Pour autant, je ne le joue presque jamais, car j'aime les disques qui ont "du son" en sets et tous les Trax par exemple ne sont pas du tout un exemple sur le plan de la qualité sonore même si ça n’enlève rien à la créativité de ces titres.

"L'importance de Larry Heard est tellement ancrée dans cette culture que des centaines de morceaux (y compris des classiques) ont repris le speech de "Can You Feel It" sur de petits samples. Ainsi, on avait comme une citation musicale, au sens littéraire, qui apportait une légitimité au morceau le reprenant. À l'inverse, c'est tellement important comme héritage, qu'on ne compte plus les tracks qui reprennent ses fameuses lignes de basses, notamment celle de "Washing Machine" et "Can You Feel It". Ce sont des tracks que j'évite automatiquement, car ce sont SES lignes à lui. La seule chose qui a su vraiment s'en inspirer tout en le magnifiant fortement est "Acid Eiffel" selon moi, la mélancolie qu’on y trouve continue d’évoluer avec le temps.

Je cite cet extrait de "My House" car c'est une bannière, un message de tolérance, un leitmotiv : "Jack boldly declared: "Let there be house!" And house music was born. I am you see, I am the creator, and this is my house, and in my house there is only house music." C'était un message politique à l'époque, une revendication. C’est important de le rappeler maintenant que la house est plus commune."

Jim Irie

Difficile de décrire Jim Irie tant il a de casquettes différentes. Pour résumer, on dira que c’est un digger/journaliste/DJ passionné affilié à différents collectifs - principalemement Discomatin et J.A.W. Family.

"C’est un être précieux, un être délicat, un être rare. Je ne saurais plus dire exactement quand je l’ai découvert, mais il est incontournable. On connaissait les morceaux avant même de connaître la personne, je pense notamment à des titres tellement emblématiques comme "Can You Feel It" ou "Washing Machine". Puis, au fur et à mesure, je me suis vraiment intéressé à lui parmi d’autres artistes parce qu’il avait quelque chose de vraiment magique,

Ces morceaux me touchent, et par exemple sur "Missing You" il m’est déjà arrivé plusieurs fois de pleurer en pensant à un être cher qui me manquait. Il retranscrit beaucoup d’émotions avec sa musique, beaucoup de douceur, d’élégance, de beauté, de magie. Je réfléchis la musique avec beaucoup de choses, pour moi c’est très lié à l’amour, au sexe, à Dieu, à tout ça à la fois, et forcément la musique de Larry y fait écho."

"Je suis membre du collectif J.A.W. Family qui l’avait fait venir pour la première fois en France il y a 12 ans déjà en 2005. J’ai donc pu le rencontrer et Larry est à l’image de sa musique : il dégage une douceur, une intelligence, une noblesse. Il n’est pas très démonstratif, mais il a quand même une belle présence. J’étais halluciné quand mes amis m’ont dit qu’il n’était jamais venu en France avant. Ce n’était peut-être pas la personne la plus en vue, mais c’était quand même un personnage indispensable, incontournable. Après, c’est vrai que ce n’est pas forcément à lui que tu penserais en matière de dance music, même si moi je l’ai déjà vu jouer deux fois à Paris et qu’à chaque fois ce n’était pas juste smooth comme certains l’imaginent. Certaines de ses productions le sont, on pourrait presque les classer dans le lounge. Mais il a aussi des morceaux acid très énervés, très sexy, très bruts.

Je me souviens qu’à la soirée au Tryptique il y a avait plein de gens qui allaient le voir et il a pris à la fin de son set une demi-heure pour rester avec eux, les gens faisaient la queue, genre pour faire signer des pochettes de disques, prendre une photo avec lui, échanger un mot, etc. Et puis il y a aussi ce moment où il a chanté pour nous son fameux "Missing You", c’était trop beau."

Ce vendredi, de 16 à 18h, Jim consacrera son émission One Love sur Rinse France à Larry Heard. Parfait pour réviser ses classiques avant d'aller voir son live !

Nick V

Sans aucun doute le plus anglais des DJs et producteurs parisiens. Pour en apprendre plus sur Nick et la Mona, filez lire notre récente interview.

"En 1987, je découvre la puissance de la house sur les ondes FM des radios locales à Manchester. À cette époque, c'était difficile de mettre des noms sur des morceaux et encore moins des visages sur des noms. J'avais surtout entendu parler de Mr Fingers ou de Finger Inc. sans savoir qui était Larry Heard, la connexion est venue quelques années plus tard. C'est le sublime "Can You Feel It" qui m'a marqué le premier et le pouvoir émotionnel de ce morceau me fait toujours autant effet aujourd'hui, 30 ans plus tard. Mais c'est l’hypnotique et enivrant "Mystery Of Love" qui me fait basculer définitivement dans le groove House.

J'aime que Larry Heard ait été le créateur de la house music alors qu'il ne me semble pas particulièrement attiré par le monde des clubs. C'est un décalage que je trouve intéressant et je pense que la réussite d'un projet se trouve toujours dans le détachement de son résultat.

Les morceaux de Larry Heard peuvent être empreints d'une qualité émotionnelle très touchante, ils peuvent aussi aller faire ressortir l'instinct de rythme au plus profond de chacun. C'est l'incarnation parfaite du groove house."

"Si je devais choisir entre "Can U Feel It" et "Mystery Of Love",je pencherais pour le dernier, plus troublant. Sorti en 1985, on n'a jamais fait mieux en matière de house music. Mais je ne le passe que rarement, il a un tempo très lent moins courant que la plupart des morceaux que je joue. Et un morceau aussi fort mérite des occasions spéciales. Je joue par contre très souvent des choses plus jacking comme son projet Disco D ou alors Housefactors avec "Play It Loud".

Il y a plus de 20 ans à Ibiza en 1994, j'ai assisté à une soirée balearic classics par DJ Alfredo, "Can U Feel It" avait été le point central de son set et les gens n'étaient pas vraiment restés après. Tout est dit dans ce morceau et je me dis que c'est très difficile de reprendre après !"

Thomas (Jaw Family)

Le collectif J.A.W. Family ne cesse de répandre la bonne parole house entre Paris et Berlin. En 2005, ils avaient été les premiers à inviter Larry Heard à Paris.

"C´était notre 2e soirée à Paris et personne ne nous connaissait à l´époque en tant que promoteur donc je suppose que les clubs ne nous prenaient pas vraiment au sérieux, mais j’avoue n’avoir jamais vraiment compris comment certains clubs dont la renommée n'est plus à faire ont argumenté leur refus par des "Larry Heard c’est démodé, ça ne marchera pas". Ca reste un mystère…

On a gardé contact depuis cette J.A.W., ce qui nous a toujours un peu surpris d'ailleurs de la part d’un monument comme lui. Il prend des nouvelles de la "Family", de notre petite soeur à notre mère qui avait cuisiné pour lui avant son gig ou bien des amis qui nous avaient aidés à l’époque, c’est dingue. Ce fut le cas, par exemple, après les tristes attentats de Paris et Berlin.

C'était et ça reste l’un de nos plus grands souvenirs, clairement. C'était notre première soirée remplie avec une queue interminable devant le Triptyque. Larry a joué en chaussons, comme à la maison, accompagnés de ses odeurs d’encens. ll était passé de "Washing Machine" à France Joli et autres pépites soul disco sans forcer, du grand art ! LE Moment de la soirée reste quand même lorsqu’il a décidé de prendre le micro à 5h du matin et de chanter live sur son grand classique "Missing You". Inoubliable."

"Sa musique est intemporelle, indémodable. Tu as du mal à croire que ses plus anciennes productions ont maintenant près de 30 ans. Tu entends aussi son influence chez tellement de jeunes producteurs aujourd'hui. C´est clairement la marque des très grands. Il y a trop de morceaux que je pourrais citer, mais je dirais "Mystery Of Love" pour son intro monstrueuse, sa profondeur, ses nappes, la voix d'Owens et le côté tellement hypnotique. On frôle la perfection ici."

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