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Culture

Synthés et violons: que ça vous plaise ou non, la dance music est devenue orchestrale

Moins de raves, plus de salles de spectacle

  • Harrison Williams
  • 21 December 2017

Nous étudions les tendances dominantes de 2017 avec une série d’articles. Ici, nous examinons la forte présence des orchestres dans la dance music cette année.

Dans les coulisses du Barbican, on trouve violonistes, violoncellistes, batteurs, bassistes, trombonistes et d'autres musiciens prêts à interpréter les morceaux de Sasha. Pourtant, on n’est bien loin de la greenroom des clubs, et ce n’est certainement pas une rave comme on l’entend habituellement.

Dehors, des centaines de fans font la queue et piétinent d’impatience pour assister à cette performance spéciale. Mais à en juger par leur apparence, cette foule de vétérans du dancefloor a une apparence inhabituelle. Les fêtards ont troqué leur T-shirts sombres et amples et leur jeans serrés pour des tenues plus formelles; ils ne s'agiteront pas aussi vite qu’habituellement sur le dancefloor cette nuit et ne rentreront certainement pas à la maison au petit matin. Ils s’attendent néanmoins à entendre leurs chansons favorites de Sasha, des classiques trance pour être plus précis. Et pourtant, ils seront confrontés à quelque chose qu’ils n’ont jamais entendu auparavant ; il n’y aura pas de cabine de DJ et la musique sera entièrement jouée par un orchestre.

2017 est l’année où les artistes électroniques ont pleinement exploité les ressources de l’orchestre. Bien qu’il ne s’agisse pas exactement d’un nouveau concept, un buzz important s'est formé autour de ces shows et de ces sorties. L’événement Fracted de Sasha au Barbican de Londres en mai en a été l’un des exemples les plus acclamés, explorant la musique de l’album Late Night Tales ainsi que des hymnes influents de son catalogue comme ‘Xpander’. Dans le même ordre d’idées, l’événement Ibiza Classics de Pete Tong à Los Angeles et Sydney, qui l’a vu interpréter des titres emblématiques comme ‘One More Time’ des Daft Punk avec un orchestre de 65 musiciens, a révélé au monde à quel point la performance peut être exceptionnelle.

Le concept de mêler classiques du genre au médium de l’orchestre a certainement été l’un des attraits majeurs pour tous les fans qui souhaitaient entendre leurs titres favoris réinventés de manière créative. On peut citer l’événement Haçienda Classiçal, à Glastonbury et dans tout le Royaume-Uni. Jetez également un coup d’œil à Miss Moneypenny. L’équipe célébra d’ailleurs son 25ème anniversaire avec l’orchestre Birmingham Gay Symphony au Symphony Hall. Ils ont joué les classiques préférés de chacun à une foule vendue et c’est une merveille d’assister à ces performances. Pour élargir cette solide idée, quelques artistes sélectionnés décident de produire un projet totalement original en utilisant les ressorts de l’univers classique.

L’initiative la plus réussie dans la production d’arrangements orchestraux, est sans doute celle de Jeff Mills, qui continue de mettre en avant ses talents d’innovateur. Il s’est adonné à des expérimentations classiques depuis plus d’une décennie, explorant des thèmes centrés sur l’univers expansif pour créer des paysages sonores magistraux. D’une certaine manière, il a popularisé l’idée du savant électronique s’attellent à la tâche d’écrire de la musique à destination d’un orchestre symphonique. Cette année, il a repris une nouvelle fois le flambeau avec des matériaux toujours plus inspirants.

En 2017, Mills a présenté une série de performances et d’enregistrements live centrés sur les symphonies, avec des concerts au Barbican et la composition de la B.O. de l’emblématique film Metropolis au Kolonnadenhof der Museumsinsel de Berlin. Alors que la bande-son de Metropolis a été produite en 2000, cette année Mills a de nouveau appliqué sa musique au cinéma avec succès. Cette fois, il a produit la bande originale du film d’animation A Trip To The Moon, un album et DVD désormais très recherché.

Là où d’autres se sont appliqué à la reprise de morceaux existants, comme les performances complexes de Tong et Sasha, Mills pense naturellement à exprimer sa propre approche de l’écriture musicale. Dans une veine similaire, son compère magicien de Detroit Carl Craig crée ce qu’on a décrit comme « une symphonie techno », avec la production et la performance des ballades orchestrales de son projet Versus. La collaboration avec Francesco Tristano et l’orchestre Les Siècles, basé à Paris, a parfois versé dans l’univers dance music avec des morceaux comme ‘The Melody’ au kick 4/4, d’une capacité naturelle à créer des moments magiques sur le dancefloor tout en captivant une salle de concert bondée. C’est en ce sens que Craig se démarque clairement, avec un pied dans le monde des clubs et un autre dans l’opéra. Un coup de génie musical, mêlant thèmes classiques et contemporains d’une manière inédite.

Et n’oublions pas Marc Romboy qui, au lieu de ré-imaginer les classiques de la dance music, a tout chamboulé et offert sa propre interprétation de la musique de Claude Debussy, probablement le compositeur le plus influent du 20ème siècle. Reconstructing Debussy, en collaboration avec l’Orchestre Philharmonique de Dortmund, a été décrit comme « une immense aventure orchestrale à travers le temps et la techno ». Ici, Romboy se démarque en utilisant les ressources de l’orchestre avec un concept unique et inventif .

Alors que l’originalité de Mills et Craig se distingue comme présentation artistique imaginative et que les performances orchestrales provoquent un buzz certain dans le milieu de la musique, les interprétations de Tong et Sasha ont peut-être été un peu trop grandioses pour les morceaux originaux. La musique dance, house et en particulier techno, repose intrinsèquement sur les rythmes, grooves et pour hypnotiser et énergiser un dancefloor. Écouter ‘One More Time’ interprété par un orchestre de 65 musiciens, dénature la beauté du titre original, toute impressionnante que soit l’expérience. Cela dit, Mixmag aimerait certainement voir davantage de performances symphoniques classiques. Il est toujours excitant de présenter la culture musicale club sous un nouveau jour : des rencontres toujours enrichissantes, à l’instar de la série Variations de Sourdoreille et CultureBox. Félicitations à tous les producteurs et musiciens aux percées inventives qui ont fait de 2017 l’année où la dance music est devenue orchestrale.


Crédits:

Initialement paru sur Mixmag UK/US
Texte original : Harrison Williams
Adapté de l'Anglais par Sixtine Josselin et Marie-Charlotte Dapoigny

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