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The Toxic Avenger : « on peut être un artiste sans avoir un égo dégueulasse »

Dix années de carrière, ça se fête

  • Camille-Léonor Darthout
  • 21 November 2017

À l’aube de ses dix ans de carrière, Simon Delacroix alias The Toxic Avenger conclut son triptyque Globe, entamé l’an dernier. Finalisé en douze mois presque jour pour jour, le producteur parisien inaugure le projet en octobre 2016 avec un premier volume dévoilant un univers obscur et galactique surprenant, loin des morceaux aux influences très rock qui ont marqué ses débuts. Une évolution très marquée, confirmée sur Globe vol 2 et ses beats plus marqués et métalliques. Dernier opus de ce parcours, Globe vol 3 est composé de mélodies funky et de beats tout en douceur. Inattendu.

Une évolution spectaculaire pour un parcours professionnel hors-norme. Le producteur fait ses débuts sur le label californien Iheartcomix alors qu’il n’est qu’un jeune homme timide. Il s’impose comme une figure emblématique de la scène électronique française au début des années 2000, sans montrer on visage. Sa carrière musicale en constante évolution aura vu passer l’artiste sur scène d'abord masqué, puis à visage découvert. Influencé par divers paysages et genres dans ses productions, il a collaboré sur de multiples projets avec Orelsan ou Gringe, s'est prêté au rôle de producteur de bandes-originales pour jeux vidéos et film d’animation. Artiste complet, sa vie est un roman fort en rencontres, voyages et anecdotes. Aujourd’hui âgé de 35 ans et père de famille, Simon a, par la force des choses, grandi en même temps que son personnage The Toxic Avenger. Il revient sur ses premiers pas dans la musique, sur son ascension fulgurante et ses dix ans de carrière.

Simon est un personnage entier. Il dit ce qu’il pense, transmet des émotions sans retenue. Un trait de personnalité qui se calque forcément sur sa musique, qu’il avoue aborder « de manière hyper instinctive ». Instinct dans la production, spontanéité dans la vie courante. The Toxic Avenger emprunte son nom à un film des années 80, un navet gore aux effets spéciaux hyper kitsch qu'il regarde le soir où on lui impose rapidement de se trouver un nom de scène. Sans prise de tête, le jeune homme se prête au jeu.

« Il est un peu possédé », disait Greg Kozo, membre du duo Make The Girl Dance dans le documentaire produit par Roy Music en 2011 et dédié à The Toxic Avenger. Torturé, l’esprit vif, Simon est un artiste qu’un rien inspire. Ses influences, ce sont les paysages qu’il observe, les musiques qu’il écoute (du rock principalement), ses humeurs. Pourtant, lorsqu’il montait sur ses premières scènes, caché derrière son masque, un clin d'œil à la comédie de super-héros Kabukiman, il n’était qu’un jeune homme effrayé, loin d’assumer le succès attrapé en plein vol par le label californien IHEARTCOMIX sur lequel il sort son premier EP Superheroes. Le début de l’aventure pour Simon.

« Comme pas mal de rencontres à la fin des années 2000, ma relation avec IHEARTCOMIX a débuté sur MySpace. J’étais graphiste sur Paris, jeune, et rien ne me retenait en France. Alors quand on m’a proposé de venir à m’installer à Los Angeles, je n’ai pas hésité. »

Propulsé au devant d’une carrière internationale, The Toxic Avenger vit le rêve américain deux années, durant lesquelles il enchaîne dates, voyages, productions et rencontres. Ce dernier raconte d’ailleurs une anecdote fortuite, lorsqu’un jour, on lui présente un jeune homme rocker et inconnu.

« On m’a présenté à un petit gars qui faisait du rock et qui voulait suivre la déferlante électro, apprendre à produire. Je lui ai donné quelques notions de base. Ce petit gars, c’est Skrillex et il ne tarda pas à m’envoyer son premier morceau ‘My name is Skrillex’ »

De retour en France, le Parisien est changé. À la fin de l’année 2009, il sort un maxi intitulé ‘The Toxic is Dead’ qui marque un tournant symbolique dans sa carrière : The Toxic Avenger fait tomber le masque. Les raisons sont simples et pragmatiques : boire et fumer n’est pas évident quand on a le visage couvert. De toute manière, Simon n’a plus besoin de se cacher. C’est ce qu’il prouve l’année suivante en produisant le morceau ‘N’importe quoi’ avec Orelsan. Une ode à la débauche et à l’extase sortie sur le label Roy Music, sur lequel The Toxic Avenger a signé 4 EPs et 3 albums, dont Ξ en 2016 . Les deux artistes se retrouvent pas plus tard que cette année à l’affiche du film d’animation Mutafukaz, inspiré des bandes-dessinées de Guillaume Renard dit « Run » et présenté cet été au festival international du film d’animation d’Annecy 2017. Tandis que Orelsan et Gringe prêtent leur voix aux personnages principaux, The Toxic Avenger s’occupe de la B.O.

Vengeur, super-héros : si l’idée de base était une boutade pleine d’autodérision, on pourrait dire qu'il en a finalement suivi les traces. Dans son univers « musique » rime avec « geek » et « fantastique ». Comment passer à côté de cette culture alors que dès son plus jeune âge, Simon connaît la Super Ness et les Tortues Ninja. « Je suis toujours un enfant » affirme t-il. L’univers des jeux vidéos suit étroitement son projet musical. Tandis qu’il prête ses morceaux pour Need For Speed Pro Street ou The Crew, des jeux de voitures, il entame la composition de la bande-originale du jeu d’action Furi. Un projet dans lequel Simon s'investit méticuleusement, comme s’il composait pour un film. Le résultat brillant est récompensé à la sortie du jeu en 2016 par les Ping Awards, qui décernent le prix de la meilleur bande-originale de jeux vidéos.

Une consécration qui se mêle à toutes les réussites enchaînées en dix ans de carrière. Une époque vécue en accéléré qui l'a vu dominer l'industrie électronique, conquérir un public international, et rencontrer sa femme. Mari, papa, producteur récompensé, des amitiés solides : dix années paraissent si courtes pour gravir si vite les échelons. Pourtant, Simon garde les pieds sur terre et continue de penser qu’ « on peut être un artiste sans avoir un égo dégueulasse ».

Même s'il a grandi, l’énergie qui anime The Toxic Avenger depuis ses débuts ne l’a pas quitté, et les idées et projets fusent. Une tournée exclusive en France, une nouvelle trilogie. Avec son proche collaborateur Greg Kozo, il prépare même le lancement de leur nouveau label Enchanté le 8 décembre. Sur sa lancée, rien ne l’arrête, mais on sait d’où Simon puise cette force : après tout, c’est un Toxic Avenger.

Découvrez le troisième et dernier volet de Globe, EP 8 titres produit par The Toxic Avenger, sorti le 10 novembre.

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