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Culture

Trainspotting : vingt ans plus tard, où est passé le mythique club du film ?

La destinée hors-norme du légendaire Volcano

  • Thomas Andrei
  • 31 March 2017

Selon l’humeur, on peut qualifier T2 :Trainspotting, toujours en salle, d’agréable trip nostalgique ou de quintessence du danger des sequels. Le film a de toute façon un mérite : rappeler au public la puissance du premier volet et son enchaînement de scènes cultes. Dont une, l’une des plus belles, tournée dans un club mythique : Volcano, qui n’est aujourd’hui plus qu’un souvenir. Mais un sacré souvenir.

T-shirt jaune trop petit sur mur jaune, les flingues de Robert De Niro dans Taxi Driver de chaque côté de son visage émacié, le jeune Renton cogite. Le anti-héros du film, joué par Ewan McGregor, est entré dans une nouvelle phase de sevrage de l’héroïne. Sobre depuis quelques jours, il commence à ressentir des besoins jusqu’alors engloutis par la drogue. Surtout un : le sexe. Ses amis en bonne compagnie, il danse mollement dans un coin. Puis il décide de se lancer. Une gorgée de bière et il saute sur le dance-floor, enflammé par Temptation, le tube d’Heaven 17. Les filles se trémoussent, embrassent d’autres hommes, le rejettent avec dédain. Puis il bloque. Au comptoir, une jeune femme seule, cheveux courts et robe en sequins, fume une cigarette avec l’air de s’ennuyer à mourir. Le DJ enchaine sur Atomic de Blondie. Renton la suit du regard. On lui propose un verre. Elle le descend, puis enchaine avec celui de son courtisan avant de sortir. En voix-off, il déclare : « Et c’est comme ça que Mark Renton est tombé amoureux ».

« La meilleure scène de club »

À l’extérieur, sur le parking désert, alors que Renton baratine la jeune Diane, on peut lire le nom du club, VOLCANO, en grosses lettres dorées sur un imposant mur rouge sang. C’est à ce moment du film, alors qu’il assiste à son avant-première dans un cinéma de Glasgow, que Colin Barr, le manager de la discothèque, prend conscience de l’énormité de la chose. Lunettes de vue rectangulaires, le crâne dégarni devant et des cheveux mi- longs tirés vers l’arrière, il ricane : « Je me suis dit : Oh mon dieu. Là on y est putain. Ça c’est un plan culte. » Un des DJs du Volcano et figure de la scène rock du Glasgow des 80s, Bobby Bluebell, renchérit : « J’ai trouvé ça fantastique. C’était et ça reste pour moi la meilleure scène de club, parce que tu peux réellement en sentir l’atmosphère. On jouait vraiment ces chansons là, les drogues et l’alcool sont introduits de manière très réaliste. C’était vraiment comme ça. »

Pour Colin, l’expérience est d’autant plus saisissante que c’est de sa vision qu’est née, à l’été 1991, l’atmosphère de la boîte. « Le Volcano était le premier véritable club de ce coin de Glasgow, la West End, rembobine-t-il. Le club qu’on a racheté était un peu ringard et avait une sale réputation. Personne n’en voulait. » Déjà très actif dans le monde de la nuit, Colin et son équipe détienne alors le Tunnel, un « super-club », où 2000 personnes viennent transpirer à chaque ouverture. Un succès qui lui donne des envies de club plus intimiste. Lorsque la municipalité de Glasgow entreprend de redévelopper le quartier malfamé, Colin saute sur l’occasion : « Ils voulaient quelqu’un qui occupe l’espace jusqu’à ce que le redéveloppement soit lancé. On avait déjà un pub à côté qui marchait très bien. On pensait que nos clients préféraient continuer chez nous plutôt qu’aller dans le centre. Ce fut le cas. On ouvrait cinq fois par semaines et on avait 400 personnes à chaque fois. C’était plein. »

Rapidement, le Volcano devient le rade favori des étudiants en école d’art du coin. Un cercle fréquenté par Kelly McDonald, serveuse au Tunnel qui ne sait pas encore qu’elle figurerait bientôt dans un succès cinématographique mondial dans le rôle de… Diane. Bien pote avec Colin, dont le visage s’illumine à l’évocation de son ancienne employée, elle n’est pas la seule futur membre du casting de Trainspotting a arpenté les lieux. L’ex-taulier du Volcano reprend : « J’avais un petit bar en face, le Living Room. Bobby Carlyle (Francis Begbie dans le film, ndlr) y venait souvent, parce que sa troupe de théâtre, Raindog, répétait dans l’église d’à côté. On a sympathisé et je sponsorisais le fanzine qu’ils sortaient chaque mois sur la troupe. » Parmi le beau monde habitué du Volcano, c’est Bobby Paterson, membre du groupe local Love and Money, suggère le club à son pote Danny Boyle. Contacté par l’équipe du film, Colin Barr accepte sans réfléchir : « Ils tournaient lorsqu’on était fermé donc je n’ai rien vu. On ne leur a même pas demandé d’argent ! On était juste content pour Bobby et que le club soit dans le film ». Très en vogue, le Volcano figure déjà dans plusieurs films télé. Pour Colin, habitué à recevoir le gratin écossais, il ne s’agit que d’un énième tournage. Bobby Bluebell ajoute : « Puis on ne s’attendait pas ce que Trainspotting soit un grand succès. Ils n’avaient pas beaucoup de moyens, le casting n’était pas très connu. On pensait juste que c’était juste un autre film sur Glasgow. »

Cartes postales, Jude Law et Men In Black

Rapidement, les prédictions de Bobby Bluebell s’avèrent fausses. Sorti le 23 février 1996, Trainspotting est un phénomène. Diffusé à Cannes hors compétition, il génère 12 millions de livres au Royaume-Uni et 72 millions de dollars à l’international. Pour autant, le succès du film ne change pas grand chose pour le Volcano qui ne « pouvait de toute façon pas aller plus haut », selon Colin. Le staff s’amuse un peu du statut culte de son lieu de travail, ce qui amène Bluebell a lancé une série de cartes-postales, érigeant le club en destination touristique alternative. Puis, quelques mois plus tard, à l’été 96, le club ferme. Colin explique : « C’était le deal avec la municipalité depuis le début. Les gens étaient tristes, mais dès le début, les jours du club étaient comptés. Puis on avait d’autres endroits où faire la fête ! »

Alors que le club est démoli pour faire place à un bloc d’appartements dénué d’âme, Colin, lui, continue à s’éclater. Devenu le meilleur pote de Robert Carlyle, qui choisit l’épouse de Colin comme marraine de sa fille, l’ancien patron du Volcano est de tous les évènements liés au cinéma dans sa ville. « Dès qu’il y avait une avant-première, on faisait une soirée après, s’enorgueillie-t-il. J’avais ce club privé, The Appartment. On a fait Bienvenue à Gattaca avec Jude Law, Men In Black, Jerry Maguire et plusieurs films de Bobby comme La Plage et son James Bond. » Des histoires de ses soirées, de Johnny Lee Miller complètement cuit qui allume tous les feux d’artifice d’un coup à un réveillon ; de tous les junkies et mendiants de Soho pourchassant Robert Carlyle à l’avant-première de James Bond puis bien d’autres faits inavouables, Colin pourrait en parler des heures. Aujourd’hui, il tient un large bar à bière, Bier Halle, où passent parfois ses potes de la belle époque, comme un des membres d’Underworld, les auteurs du thème de Trainspotting, « pas plus tard que le mois dernier ! » Avec la sortie du second volet, les souvenirs se font encore plus vifs. Surtout lorsque l’équipe du film, propose de faire une soirée dans le club. Sans trop s’être renseigner auparavant. Lorsque l’on évoque Benalder Street, l’ancienne rue du Volcano, la voix de Colin se charge d’émotion : « J’avais essayé d’acheter le penthouse, dans ce qui aurait été le ciel du Volcano. Mais le prix demandé était complètement fou », avoue-t-il avant de conclure : « Mais quand je suis en voiture dans le coin, je fais toujours en sorte de passer par là. Ça me rappelle des souvenirs qui me sont très chers. Et je repars toujours avec un grand sourire ».

Thomas est journaliste freelance. Retrouvez le sur Twitter.

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