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Culture

Wave : un nouveau genre émotif avec son propre écosystème

Né dans l’univers digital, le genre est passé d’URL à IRL

  • Texte: SAPPHIRE PLANT | IMAGES: CHRIS SPEED
  • 27 April 2017

Des synthés froids, émotifs qui pourfendent l’atmosphère alors que des sub font trembler les enceintes, des mélodies plaintives invitent un public largement féminin à se rassembler autour du DJ booth alors que tout un kaleidoscope d’animations visuelles s’affichent sur l’écran derrière les platines. Le son est frais, la foule, jeune et soudée, et celui qui sélectionne les morceaux est connu comme « the OG of wave, » le nouveau mouvement qui fait sa transition progressive de l’Internet au monde réel - ou comme le décrit un féru de technologie, « d’URL à IRL. » Mixmag est dans le sous-sol du Ace Hotel de Shoreditch, où Yusoul organisent un de leurs soirées régulières. L’attraction de ce soir, c’est Klimeks, l’OG mentionné plus haut - responsable du titre « wave » et à qui beaucoup attribuent l’identité et la direction du mouvement à première vue disparate. Wave est peut-être l’un des premiers genres à avoir transcendé le monde physique, avec ses premières heures fermement ancrées dans les communautés SoundCloud et Tumblr. C’est l’un des nouveaux sons d’une génération dépourvue de références pre-world wide web, utilisant l’espace virtuel et les possibilités infinies offertes par les capacités de stockage sans fin des terabytes de mémoire.

S’étant développé en ligne, le mouvement wave s’est donné ses propres nuances et son propre écosystème, qui opère encore aujourd’hui principalement en dehors de l’univers du dancefloor. Bon nombre de ses adeptes sont d’ailleurs trop jeunes pour être admis en soirée, ce qui explique pourquoi ses sensibilités sont davantage inspirées par la mélodie, l’émotion et le chant que par l’agressivité et la testosterone. Wave est un genre qui n’a pas peur de la sensiblerie. Il opère en grande partie autour des 120 à 140BPM, mais à la différence d’autres genres nés à Londres autour du même tempo, il fonctionne avec un paysage sonore onirique et thérapeutique qui appelle à la mélancolie et à la nostalgie. Ce n’est pas un son qui vous mets face à vos démons, mais qui encourage une interprétation plus philosophique, introspective… oserions-nous le qualifier d’ « emo » ? Alors que les précédents mouvements, forts en basses, avait mis l’énergie masculine au centre, wave célèbre la féminité et l’innocence - il est acceptable d’être vulnérable; en fait, c’est important. La sensibilité n’équivaut pas à un manque de pouvoir, cela-dit - les morceaux sont toujours construits autour de puissante lignes de basses et conservent une efficacité toute-importante sur le dancefloor. « Le grime peut-être un peu agressif, explique la fan Thea Mallorie, une étudiante de Brighton, mais cette musique conserve une certaine féminité tout en étant énergique et assez puissante pour une bonne rave qui se respecte. »

Robyn Allan, un responsable marketing de Chingford, confirme « C’est fort en émotions: c’est super pour les femmes, et ça plait aussi aux hommes. Il y a un bon équilibre des genres représentés ici ce soir. » À Yusoul, une soirée gérée par l’une des figures les plus proéminentes du mouvement, Skit, la parité hommes-femmes au sein de la foule est presque parfaite et pour l’essentiel de la soirée, ce sont les femmes qui sont devant, se mouvant au gré des rythmes aquatiques.

Klimeks donne son premier show ce soir - il était resté jusqu’ici loin des projecteurs, à la tête de Wavemob, un label et collectif à la pointe du mouvement. Il y a quatre ans, le producteur londonien avait uploadé son premier morceau avec le hashtag « wave ». « Je n’avais pas vraiment l’intention de créer un nouveau genre, c’était davantage en mot pour distinguer le son et la vibe de quelque chose qui n’avait pas de nom, » il explique.

Le genre se crée une nouvelle dynamique, dont beaucoup de ravers ont fait l’expérience - de la musique douce et méditative. Kareful, une autre figure de lance de la scène, raconte à Mixmag qu’il reçoit d’innombrables messages de fans qui lui font part de leur problèmes personnels, évoquant souvent le rôle salvateur de sa musique dans leurs vies. En conséquence, la musique rassemble de fervents adeptes : des jeunes engagés qui partagent les nouvelles immédiatement, achètent les t-shirts et supportent les artistes avec ferveur - des fans qui comprennent le pouvoir du partage et de la force du nombre. Seraient-ce là les prémisses d’une nouvelle révolution musicale?

Klimeks, énigmatique, se dirige vers la scène après le passage de Skit et se met à jouer des dubs et autres exclus, jetant quelques cuts bien connus dans le mix. L’atmosphère est flottante et erratique - les mouvements de la foule s’articulent autour de la fluidité des morceaux : les danseurs et danseuses se balancent de droite à gauche, comme hypnotisés par la musique. Certains sautillent de temps à autres, emportés par l’efficacité d’un morceau. Klimeks donne très peu d’interviews et ses apparitions publiques sont rares, donc c’est un moment important pour Yusoul et marque une nouvelle étape dans l’évolution de la wave. Ce qui se passe à partir de là est entre les mains du mouvement.

Au sujet de l’évolution du son, Klimeks est pragmatique : « Je n’aurais jamais imaginé voir la musique passer en club il y a quelques années, ou même à la radio, et il a été assez surprenant de voir cette progression jusqu’à maintenant. J’imagine que tout est possible à présent, » il décrit, songeur.

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