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Ellen Allien : « J’ai vraiment besoin de faire de la musique pour être heureuse à Berlin. »

Une discussion autour de son nouvel album, Berlin, Ibiza, et l'évolution de la scène depuis ses débuts

  • Nora Djaouat
  • 2 May 2017

Peu d’artistes peuvent se vanter d’avoir le parcours d’Ellen Allien. Cette femme qui vit son art à 100% a su exploiter la froideur de l’Allemagne post-chute du mur afin de nourrir sa passion pour la musique. Dès les années 1990, elle a fait son nid sur la scène underground pour petit à petit devenir l’une des meilleures représentantes de la techno berlinoise. De ses débuts en terre IDM à sa confirmation techno, Ellen Allien a montré qu’elle ne se cantonnait pas à un genre et qu’elle était une artiste multiple, également dotée d’un flair délicat pour dénicher des talents qu’elle signe sur son label BPitch Control, lancé en 1999. Au fil des albums, des rencontres, des émissions de radio (Braincandy sur Kiss Fm) et des collaborations, Ellen Allien est devenue une artiste complète, grâce à des années d’investissement au service de sa passion.

Alors que son huitième album, Nost, sort le 13 mai 2017 sur son label BPitch Control, nous l’avons rencontrée à l’Hôtel Amour pour une entrevue. Au programme : une discussion articulée autour de la production de son nouvel album mais aussi sur Berlin, Ibiza et l'évolution de la scène techno.

Quel a été ton set-up pour produire cet album ?

C’était très analogique, et pour cela j’ai beaucoup travaillé avec Igor, un producteur de Berlin. On a beaucoup utilisé un Prophet 6, mais aussi des boîtes à rythmes Juno, et la TB 303 de Roland. On a aussi utilisé un Modular System 55 de Moog, ce qui m’a pousser à investir dans la version plus petite, le 35. Et pour les voix, on a utilisé des vocoders, différents filtres, on s’est vraiment amusé ! Honnêtement je pense que c’est une très bonne production car j’ai acquis une certaine maturité pour maîtriser les machines.

« Nost » vient de nostalgie. Alors, qu’est-ce qui te rend nostalgique ?

A chaque fois que je joue des vieux morceaux, j’ai des frissons qui parcourent mon corps. Il y a un sentiment vraiment fort qui m’envahit, une certaine nostalgie. Aujourd’hui on peut dire que j’ai une longue carrière, et quand je me projette quelques années en arrière, je me rappelle à quel point j’ai apprécié cette époque. Bien sûr je joue aussi de nouveaux morceaux mais les anciens ont un fort impact sur moi. Par exemple en ce moment j’achète beaucoup de disques de la période rave UK, ils sont très intenses et efficaces, ça me replonge directement à l’époque ou j’ai découvert cette scène.

A l'écoute de l'album on comprend vite qu'il est taillé pour les clubs...

Complètement ! Pour cet album j’avais envie de quelque chose que je pourrais jouer en club et sur lequel les gens pourraient se laisser aller. Il y a des moments où je n’écoute pas de musique faite pour danser mais il y a d’autres moments où je n’écoute que ça. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est peut-être une histoire de période. Même quand je suis chez moi, j’ai besoin d’avoir des beats qui m’emportent, mon rapport à la musique est très physique.

Tu tournes beaucoup, tu diriges un label, tu produis… As-tu du temps en dehors de la musique ou dédies-tu ta vie à ta passion ?

J’arrive à déconnecter, surtout quand je suis à Ibiza l’été. Là bas, je ne produis pas de musique mais tous les lundis, j’ai une émission d’une heure sur Sonica Ibiza, ça me permet de peaufiner mes mixes. Quand je suis à Ibiza, je prends mon temps, je joue moins. Je me sens relaxée sur cet île, tant grâce à la nature réconfortante qu’aux amis que je retrouve là-bas.

C’est donc Berlin qui te rend si créative ?

Berlin me rend très productive, à chaque fois que j’y suis j’ai besoin de travailler. C’est une ville plutôt calme mais il y a quelque chose qui me pousse à toujours être en mouvement, à faire partie intégrante de la ville, et à y faire quelque chose de bien. Peut-être que cela vient de la Seconde Guerre Mondiale, lorsque la ville a été démolie. L’architecture y est très froide, il n’y a pas beaucoup d’espace pour respirer. Certes, on a de nombreux clubs géniaux mais j’ai vraiment besoin de faire de la musique pour être heureuse à Berlin.

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