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L'histoire incroyable de Mezerg, le génie du Piano Boom Boom tout terrain

Les aventures en Piano Stop, Piano Boom Boom et Piano Tout Terrain

  • ​Camille-Léonor Darthout
  • 26 October 2017

Mezerg est avant tout un artiste acoustique, un pianiste qui a révolutionné l'utilisation de son instrument en y intégrant les caissons de basses sur lesquels ses pieds jouent des kicks, semblables à ceux d'un morceau techno, cadençant les notes frénétiques de son clavier. "Techno Piano" ou "Piano Boom Boom" : bien que la composante électronique soit somme toute absente de la musique du bordelais, son tempo en est tout aussi entraînant et les performances sont clairement destinées à un public électro. Mezerg est un showman qui transpire sur ses touches et n'hésite pas partager chaque instant avec son public.

Remarqué cet été alors qu'il se rendait au festival Sziget en stop, accompagné d'un ami et de son piano, celui qui a eu le culot d'investir le tramway bordelais pour un concert sauvage est désormais installé à Paris. Et il est bien décidé à élargir ses perspectives avec de nouveaux projets toujours plus fous et ambitieux. Rencontre avec Marc Mezergue, artiste de génie, ingé du piano et savant fou de la techno acoustique.

Marc Mezergue est un enfant du Sud. Son accent n’est pas particulièrement chantant, mais sa prononciation de certains mots comme « moins » derrière lesquels se glisse un «-sse» caractéristique révèle son enfance passée en Aquitaine, à Bordeaux. À l’époque du lycée, bon nombre de ses amis forment des groupes de musique ou maîtrisent un instrument. Fan de The Doors et de son défunt claviériste de génie Ray Manzarek, Mezerg commence à jouer du piano. Il rentre au Conservatoire de Bordeaux à 19 ans après l’obtention de son bac, décidé à faire de la musique, mais conscient de son manque de crédibilité auprès de son entourage pour se lancer dans une carrière solo. On ne devient pas une rockstar après deux ans de pratique. Durant ses cours au Conservatoire, Marc étudie le jazz et découvre avec fascination l'univers paradoxal entre l’individualisme de chaque musicien et le travail en troupe, néanmoins fondamental. Chaque collaboration est unique en jazz, et chacun continue sa route une fois la performance donnée. Marc y voit l’essence même de sa pratique musicale : un artiste solitaire qui multipliera rencontres et collaborations. Bien que les cours lui ouvrent une voie dans le monde de la musique, le jeune homme a envie d’une nouvelle aventure. Il débarque à Paris pour intégrer l’UPM de Marne La Vallée, plein de convictions. Même si l’idée de former un groupe ne lui déplait pas, Marc se voit contraint malgré lui de commencer en solo, faute de contact.

Le Piano Boom Boom

Fan de musique Balkan, Marc se rend régulièrement à des soirées qui modernisent ce genre venu de Serbie et y découvre un mélange surprenant, en vogue dans la capitale : l’électro-balkan. Les cuivres et rythmes endiablés sont rejoint par des kicks et donnent un aspect encore plus dansant à la mélodie. Le « boom boom », dénomination que Marc octroie à la techno, porte l’acoustique. Alors pourquoi l’acoustique ne pourrait-elle pas aussi porter le « Boom Boom » ?

Sous l’alias Mezerg, Marc se lance dans une aventure en solo avec un projet précis : le Piano Boom Boom. Un rapport complexe à la musique électronique, puisqu’il n’y a aucune machine lors des lives. Mais l’acoustique reprend les bases de la musique électronique, et le projet est voué à s’intégrer aux événements du genre, à transmettre une remarquable énergie, à faire danser les gens. Très vite, le pianiste se rend compte des difficultés logistiques des concerts : sans camion, difficile de transporter un piano. En mobilisant ses amis, Mezerg réussi cependant à investir quelques lieux incongrus, comme il aime les appeler. C’est d’ailleurs sur ce concept inédit et original que naît le premier festival de Piano Boom Boom en 2016, Sur les Rails.

Sur Les Rails est un concept fou. Un concert clandestin dans le tramway de Bordeaux qui demande une mise en place à haut risque. Comment subrepticement introduire un piano droit dans une rame et y donner un concert délirant sans se faire prendre et être expulsé ? Sans se poser réellement la question, Mezerg et ses amis entament des repérages sur les fins de rames pour déterminer celle qui sera la plus facile d’accès et permettra le trajet le plus long pour le concert. Une fois le point de départ de l’opération déterminé, le plan se déroule dans un cafouillage chanceux des plus réussis.

« C’était un truc fait complètement à l’arrache. En fait on avait pris toutes les mesures nécessaires avec un mètre avant le jour du concert pour s’assurer que le piano tiendrait dans l’espace désigné. Ensuite, le jour J, après avoir délibéré et briefé tout le monde, on s’est rendus dans le tram avec le piano. Des potes sont allés parler au conducteur pour qu’il ne regarde pas les caméras au moment où on embarquait l’instrument. C’était littéralement le bordel à l’intérieur. L’évènement Facebook a ramené du monde et l’aftermovie a bien tourné.»

Un concert sauvage qui aurait dû attiser les foudres de la municipalité. Pourtant, c’est tout l’inverse qui s’est produit. La mairie de Bordeaux contacte Mezerg, enjouée par ce projet insolite, et l’invite à réitérer le festival Sur Les Rails, en lui offrant une subvention. Libre à Marc d’organiser son festival comme bon lui semble. Le projet a eu un tel succès que les concerts se multiplient. Ainsi a lieu le BAT³ sur un bateau qui traverse la Garonne en juillet puis une seconde édition de Sur Les Rails en septembre. Mais Mezerg n’habite plus à Bordeaux et son avenir est à Paris désormais. D’autres projets se profilent et la troisième édition de son festival « piano ferroviaire » prendra bien place à Paris. Il espère bien que le côté sauvage et le manque d’organisation seront au rendez-vous, comme à son premier essai. En attendant, Marc a un projet qu’il a gardé en tête depuis son déménagement et qu’il compte bien mettre à exécution.

Le Piano Stop

Quelques mois plus tôt, lorsqu’il déménageait pour la capitale, le pianiste avait eu l’idée un peu folle d’emmener son piano sur Paris en stop. Mais le temps manquait et l’idée fut vite balayée. Le Piano Stop est une expérience née d’un « éclair de stupidité », décrit Marc, mais une idée improbable qu’il veut vivre. Après s’être rendu au Sziget festival à deux reprises, une folle aventure se dessine petit à petit dans l’esprit du musicien : et si il se donnait pour défi d’assister au festival avec son piano sans louer de camion et en faisant le voyage en compagnie d’inconnus qui le prennent sur la route?

Avec son ami Vincent, ils se donnent un peu plus de trois semaines pour arriver à destination, et entame l’organisation. Ils contactent l’équipe de Sziget France qui les accueillent avec plaisir et gratuitement s'ils parviennent à leurs fin.

« On t’attend ».

C’est un challenge, auquel Marc et Vincent se préparent plusieurs mois. Grâce au père de Vincent, le piano acheté sur LeBonCoin pour 50€ est désormais doté d’une structure qui permet de transporter l’instrument et de le charger sans difficulté dans un camion. Le 16 juillet, c’est le grand départ.

Les débuts sont décourageants, les deux acolytes attendent dix heures sous un soleil de plomb qu’une âme charitable, dotée d’un utilitaire, leur viennent en aide. Les gens s’arrêtent, interloqués, mais personne ne les embarque. Au bout de 7 heures, Marc traverse l’autoroute pour se ravitailler au McDo d’en face. Requinqués par ce repas, les deux acolytes tentent une autre approche. Ils inscrivent un message sur la bâche de l’instrument « On charge le piano ». Marc commence à jouer. Moins d’une heure après le début du concert improvisé, un camion s’arrête. Le conducteur va à Besançon, en Franche-Comté. C’est ici qu’il les déposera. Moral gonflé à bloc, les deux amis embarquent.

Ils restent coincés une semaine à Belfort, torturés par la pluie et les tempêtes récurrentes. Personne ne semble décidé à les emmener, alors au bout de 7 jours, ils s’en vont à pied, direction l’Alsace. 8h de route où chaque trou est un obstacle, dû au matériel qu’il transporte. Marc et Vincent ont de surcroît la riche idée de manger une choucroute en plein été. Impossible de continuer ainsi, les vingt kilomètres parcourus les ont assommés, la digestion les a achevés. Ils campent dans le jardin d’un couple de personnes âgées qui les accueillent de bon cœur. Les deux amis sont dépités, toujours en France une semaine après le départ et doivent être à Budapest pour le début du festival deux semaines plus tard. Le temps passe.

Le lendemain, ils reprennent la route. Un combi Volkswagen s’arrête. Le voyageur refuse de prendre l’équipe par manque de place. Stéréotype même du « roots » dans son camion de fortune, l’homme repart… Et tombe en panne 100 mètres plus loin. Comme un signe du ciel inespéré, Vincent se précipite vers le malheureux pour lui proposer son aide. Au même moment, un local s’arrête pour demander ce que Marc fiche seul, au bord de la route, avec un piano. Par chance, le curieux maîtrise la mécanique et habite à côté. Il répare le camion du conducteur hippie et pour les remercier, ce dernier les embarque direction Munich. À 150 km de la ville, leur route se sépare. Installé dans une station service où tout le confort nécessaire est présent, les deux amis s’accordent un jour de repos. L’occasion de se mettre à jour sur Game Of Thrones, lire, sympathiser avec les voyageurs et boire des bières. Le lendemain, un camion les emmène jusqu’à une auberge en pleine nature à Munich. Il y restent deux nuits, et sont hébergés gratuitement en donnant des concerts. Grâce à l’argent récolté, ils se permettent un repas copieux dans un restaurant. Ils traversent Munich à pied. Plus que 150 km avant l’Autriche.

Pendant 4 jours, de 9h à 21h, Marc et Vincent attendent le messie qui viendra les sauver de cette bordure de route. Ils sont à côté d’un lotissement et chaque soir, les résidents se relaient pour les inviter à dîner. Une entraide incroyable, une expérience humaine touchante. Chaque jour, des personnes leur apportent des victuailles, passent du temps avec eux, partagent un repas. Les aléas du transport sont oubliés, l’expérience en vaut la chandelle. Ils donnent même un concert pour l’anniversaire d’une petite fille et le Piano Boom Boom devient une animation pour les enfants. Un des résidents du lotissement connaît quelqu’un qui s’en va pour Vienne, et accepte d’y emmener les deux aventuriers au piano. Une fois là-bas, le tour était joué, il ne serait pas difficile d’atteindre Budapest.

Une fois à Vienne, Marc et Vincent s’accordent un jour de repos et sont embarqués par Ali Baba le lendemain. Un personnage haut en couleur à la conduite douteuse. Marc doit s’endormir pour ne pas s’imaginer périr si proche du but. Il se réveille à Budapest, sur l’île où le Sziget festival prendra place trois jours plus tard. Ils ont réussi en 21 jours.

Le festival est éreintant. Marc donne 7 concerts, une performance quotidienne d'une heure, et enchaîne les soirées avec ses amis qui l’ont rejoint pour festoyer. Le public est réceptif et les performances ont du succès. À la fin du Sziget, Marc doit finir sa tournée par un concert au Szimpla Kert, un espace emblématique de la jeunesse alternative hongroise entre bar, salle de concerts et terrasse semi-couverte. Il y laissera son piano destiné depuis le début à ne pas faire le retour. La structure est également restée sur place mais Marc viendra la récupérer plus tard, lors d'un concert en Octobre. Il rentre en train le lendemain de sa performance pour assurer sa rentrée.

Retour au bercail

Le Piano Stop, c’était bien. Une aventure avec un début et une fin. Marc ne réitérera pas, parce qu'il possède désormais son propre camion. Et puis Mezerg a d’autres projets sur le feu. La création d’un livre de partitions du Piano Boom Boom. Un délire plus qu’un besoin. Un manuel de piano qui ne sera certainement jamais utilisé par ceux qui l’achètent mais qui représente tout l’univers dérisoire de Mezerg. Un projet qui lui tient à cœur et qui devrait être lancé l'été prochain. Au printemps, le pianiste veut investir la capitale pour la troisième édition du festival Sur les Rails. Un concert sauvage, un plan d’attaque fou, mais qui pourrait bien marcher. Après tout, peut-être que la RATP sera elle aussi ravie de cette animation hors du commun sur l’une de ses lignes. Mais avant ça, la prochaine étape est le festival belge Kikk, à Nemur du 2 au 4 novembre. Mezerg y sera, son piano aussi. Peut-être y aurez-vous la chance de rencontrer ce personnage atypique, et d’échanger sur son incroyable histoire.

Camille-Léonor est rédactrice freelance à Mixmag France. Suivez-la sur Twitter.

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