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En bref

Urumi : « je suis tellement une folle du bus »

Entre énergie explosive et engagement, la DJ-productrice repousse les limites de la techno

  • Salomé Bayat
  • 20 February 2026

Sur scène, Urumi surgit comme une décharge électrique. Hors des clubs, elle cultive la même intensité, mais autrement… C’est sur Google Meet qu’on se retrouve, elle apparaît, grand sourire et full énergie, exactement comme lors de ses sets. Mais cette fois-ci, elle nous accueille en sweat large, mettant de côté ses oreilles de chat iconiques. Dès le début, Urumi nous parle de ses deux chats, d’une période où sa vie ne gravitait presque qu’autour d’eux. Puis, elle évoque son côté fan de gaming et de cet univers, sans pour autant vouloir en faire son métier. C’est finalement en tombant sur ses oreilles, dans un magasin de cosplay, que tout devient évident.

Urumi se reconnaît complètement dans le personnage de Selina Kyle, son héroïne préférée. Selon elle, c'est une « outsider, qui ne rentre pas trop dans les clous », tout comme elle. Ce personnage issu de l’univers DC Comics « défend les opprimés, les travailleurs du sexe, les queers… C'est vraiment so Catwoman ».

Si Urumi ne se déguise pas en Catwoman, elle revendique aussi sa place d’outsider. Dans la techno, elle avance comme ça, sans demander la permission. Sa motivation et son engagement traversent l'écran. Cette jeune productrice et DJ parisienne est déterminée et prête à prendre encore plus de place dans le monde de la techno, comme artiste, mais aussi comme femme.

La tiktokeuse Fatma BoucheNafa, incarne, selon elle, la « folle du bus énergie », et c'est d'ailleurs pour ça qu’elle l’a choisie pour un de ses sons. Elle représente parfaitement ce qu’Urumi veut incarner : « Tu peux pas fuck avec moi, en fait ! Don't play with me ! ». Dans la techno, Urumi ne cherche pas sa place : elle la prend.

Mais avant de faire trembler les clubs, il y a eu les premières écoutes, les premières obsessions et l’envie de comprendre comment tout ce monde-là fonctionnait.

« C’est trop bizarre parce qu’aucun de mes potes n’écoutait de la techno, en tout cas aucun de mes potes a réussi à me convaincre d’en écouter. Alors qu’au final, c’est simple quand tu t’y connais. Moi, j’arrive à convertir n’importe qui à la techno. »

Si elle a toujours préféré la musique électronique, elle y est entrée via le hip-hop. Son premier contact avec ce type de sons passe par Prodigy, The Chemical Brothers, les Daft Punk… Ce n’est pas encore de la techno, mais c’est le premier pas d’Urumi dans la musique électronique. Elle s’est alors mise à écouter la trap SoundCloud de 2014, du hip-hop hyper électronique. Puis le déclic a eu lieu lors du confinement : « je n'étais plus influencée par personne et je me suis retrouvée un peu toute seule face à Soundcloud et à mes recherches ». À l’époque, elle postait beaucoup de mix et les sons qui la faisaient vibrer à l'époque oscillaient entre tech house, house et UK Garage. Urumi souligne d'ailleurs qu’à ce moment-là : « Il n'y avait plus rien de trap, il n'y avait plus rien de hip-hop ».

À mesure que ses playlists changent, son identité sonore se dessine. Pour elle, produire n’est jamais une question de suivre la tendance. Elle veut être le plus originale possible, en étant elle-même. « Ça ne sert à rien de le faire si ce n’est pas pour apporter quelque chose en plus », nous explique-t-elle. Au début, elle n’arrivait pas vraiment à décrire son style. Même si, pour elle, trouver son style, c’est la quête d’une vie. Elle définit aujourd'hui son univers comme sombre et éclectique. Toujours porté par un gros kick, des basses bien grasses ou des subs pour accompagner, chaque morceau doit résonner. Elle ne crée jamais sans basse et ne veut pas se limiter à un seul style. Son univers musical reste en perpétuel mouvement.

Sur Instagram, ses remixes sur des rappeurs ou rappeuses cartonnent, notamment le dernier, sur Diam’s, sorti sur SoundCloud fin janvier. Son entrée dans le milieu de la techno, via le hip-hop, explique pourquoi elle s'épanouit aujourd’hui dans le frapcore. « Les premières fois que j'écoutais de la techno dans ma tête, je me disais : "Oh, mais ce serait trop bien d'avoir des paroles de rap dessus !" C'était logique pour moi. » Comme une évidence, elle redonne vie à ses morceaux préférés en les façonnant à son image, pour la scène.

Pour son remix avec Lujipeka, sur son morceau ‘10x plus’, elle voulait d’abord ce feat parce que c’était son pote depuis longtemps et elle souhaitait qu’il se projette dans son univers. « Après, je poste des extraits sur Internet, et en fonction des réactions des gens, je vais sortir ou pas la track. Mais c’est vraiment plus pour le kiff personnel .»

Remixer des titres de rap en sons techno part presque toujours d’envies intimes. Shay, c’était un besoin personnel. Diam’s aussi : un morceau de son enfance, qu’elle connaissait par coeur et qu’elle rêvait de pouvoir intégrer à ses sets.


Mais ces pulsions créatives, qu’elle transforme en musique, doivent parfois survivre au chaos du live. Comme ce soir-là au festival Solidays, à Paris, où elle raconte qu’à peine cinq minutes avant de monter sur scène, alors qu’elle échangeait des câlins avec le public, Urumi a perdu sa clé USB. Ça lui a fait l’effet d’une « une descente d’organes ». Beaucoup auraient perdu leur sang-froid, mais elle est restée particulièrement calme, sûrement grâce à ses dix ans d’expérience. Abandonner n’était absolument pas une option pour cette date majeure. Elle a alors assuré son set, en téléchargeant les sons en direct avec l’aide de Jey, son manageur. Plus de peur que de mal, elle s’en étonne encore aujourd’hui : « Mon Dieu ! Le pire, c'est que les gens, ils se sont rendus compte de quasi rien. Mais je suis tellement une folle du bus que c'est pas ce problème qui va m'empêcher de tout casser, bien au contraire ». Pour le public, c’était un DJ set parfaitement normal.

« Mais franchement, tu sais, c'est quoi le truc ? Techniquement, pour être DJ, tu peux t'en sortir en faisant peu. Donc, logiquement, tu es censé avoir deux minutes pour télécharger un son. Si tu ne fais pas le ouf en appuyant sur les boutons toutes les trois secondes. Insupportable ». À moins d’être en live et avec des pads, elle nous explique que la performance repose avant tout sur le show et l’énergie qu’elle vend au public. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu plusieurs débats avec ses pairs. Pour elle, le spectacle ne se joue pas sur les boutons, il se joue sur l’intensité qu’elle donne à chaque set. « Je pense que les DJ... À part Fred Again, c'est pas qu'ils font rien, mais c'est moins impressionnant que ce qu'on pense.»

Pour Urumi, lorsque l’on travaille derrière les platines, on comprend ce qui a du sens… et ce qui est complètement superflu : « Par exemple, quand je connais des sons et que je vois des DJ qui touchent à tous les boutons tout le temps, ça m’énerve parce que ça ne sert à rien. Et puis des fois c’est gâcher le truc, quand tu modifies trop le son, que tu rajoutes des effets pour rien ».

Au-delà des influences, des sets et des remixes, ce qui ressort du parcours d’Urumi, c’est que la musique n’est jamais seulement sonore : c’est un moyen de prendre sa place, de générer de l’énergie et de faire bouger les lignes. Que ce soit derrière les platines ou dans des choix artistiques, elle ne cherche pas seulement à captiver les oreilles, mais à inspirer et à ouvrir l’espace pour d’autres. Urumi se considère comme révolutionnaire : elle veut rendre les raves plus safe pour les femmes et, surtout, les encourager à occuper pleinement leur espace, que ce soit sur scène ou dans le public.

2026 n’est pas seulement une question de message, c’est aussi une année de projets et de rencontres. Le 6 mars, elle sera au Rex, à Paris, un moment qu’elle attend avec impatience, pour être au plus près de son public, échanger, connecter et partager cette énergie.

Et si la scène solo la passionne, Urumi rêve aussi de collaborations : refaire un feat avec Lujipeka, cette fois sur un morceau inédit, une idée qui la fait autant vibrer qu’elle l’impressionne. Et pourquoi pas un feat de rêve avec DJ Snake ? L’occasion de repousser ses limites. Entre performances live, rencontres et nouvelles productions, 2026 s’annonce comme l’année pour affirmer son style, sa place et continuer à bousculer les codes de la techno, exactement comme elle le fait depuis le début.

Urumi sera à Bruxelles pour une soirée Mixmag x Electronic Subculture à La Fabriek le 28 février prochain avec Rebekah, MYU:SA et Viudark prendront le contrôle de la nuit. Pour plus d'infos direction la billetterie.

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