ADE 2026 : trente ans de musique électronique, ça se célèbre
Cinq jours de soirées, de lives, de découvertes et de plans plus ou moins improvisés, le tout sous une tempête qui ne nous aura décidément pas facilité la tâche.
Trente ans, ça se fête. On a donc chopé un train pour Amsterdam avec nos vélos, prêts à enchaîner les kilomètres d'événements en événements. C’était sans compter sur Boelo, qui a décidé de s’inviter aux festivités. Au programme : des rafales, de la pluie horizontale, des parapluies en fin de vie et des cyclistes qu’on a pu observer, bien à l’abri derrière les fenêtres de notre appartement, tenter de garder le contrôle de leur monture sous la drache. Buienalarm aura été notre ami pendant tout notre séjour.
Entre deux averses, on a quand même trouvé le temps de snacker sur des stroopwafels, de s’offrir un passage dans un wine-bar un peu trop bobo pour notre budget, de choper un kaassoufflés chez Albert Heijn et de courir pour récupérer les derniers parapluies au Felix Meritis. Bref, l’ADE dans toute sa splendeur. Mais, on n'est pas là pour parler de nous.
Nos coups de cœur
À la Centrale Markthal, l’installation EINDER de l’artiste néerlandais Boris Acket a offert l’une des expériences les plus singulières de cette édition. Suspendue au-dessus du public, une immense étendue de tissu se déforme au gré des courants d’air générés par des centaines de ventilateurs. La matière se gonfle et se replie, évoquant tantôt des vagues, tantôt des nuages.
C’est dans cet environnement que Djrum a présenté une performance live spécialement conçue pour l’installation. Fidèle à son approche décloisonnée, le producteur britannique a fait dialoguer ses compositions électroniques avec une scénographie qui évolue en permanence. Ici, le décor transforme la manière d’écouter et de percevoir la musique.
S’il y avait bien une programmation qui nous donnait envie de nous taper 30 minutes de vélo sous la pluie, c’était celle de ZeeZout le vendredi. Heureusement, le festival avait visiblement prévu le passage de notre ami Boelo, avec des scènes couvertes et des espaces en intérieur pour profiter de la soirée sans finir complètement trempés. Et on n’a pas regretté le déplacement : Octo Octa et Eris Drew, Identified Patient, Inneffekt et Jyoty, une line-up qui valait largement le trajet.
Autre expérience marquante de cette édition : DANCÆ by Chlär, un ballet contemporain porté par un live set techno du producteur. Six danseurs évoluent au fil de la musique dans l’ancienne prison de Bajes Amsterdam, dans une performance qui fait dialoguer danse contemporaine et techno. Une autre façon d’aborder la musique électronique, loin des codes habituels du club.
Présentée pour la première fois sous un dôme immersif à 360°, la performance audiovisuelle de Maarten Vos et MAOTIK au Planetarium nous a plongés au cœur de phénomènes météorologiques extrêmes. Le projet s’appuie sur des données réelles d’ouragans historiques — pression atmosphérique, température, vitesse du vent et localisation — pour générer en direct des images et une composition sonore uniques à chaque représentation.
Sous le dôme, les cyclones se déploient tout autour du public, tandis que le son et les images évoluent au fil des données. Inspirée par l’impact grandissant du changement climatique, l’installation joue sur le contraste entre la beauté hypnotique des phénomènes naturels et leur puissance destructrice.
Cinq jours à travers Amsterdam
C’est l’une des particularités de l’ADE : le festival ne se concentre pas dans une enceinte unique. Pendant cinq jours, Amsterdam devient un vaste terrain d’exploration musicale, où les clubs côtoient les musées, les installations artistiques et les lieux plus intimistes.
La programmation gratuite contribue également à cette richesse. Entre rencontres musicales, expositions et soirées accessibles sans billet payant, elle permet de découvrir des projets différents sans nécessairement consacrer un budget important aux grandes soirées. Une dimension essentielle dans un événement où les prix des billets peuvent rapidement grimper.
Ces propositions rappellent que la culture électronique ne se construit pas uniquement autour des grandes productions internationales. Les initiatives locales, les petits lieux et les projets expérimentaux participent eux aussi à faire vivre la scène.
Trente ans après ses débuts, l’ADE n’a pas perdu ce qui fait sa force : la possibilité de passer, en quelques heures, d’une expérience artistique inattendue à un dancefloor en pleine effervescence. Et de découvrir qu’à Amsterdam, la musique électronique a encore bien des endroits où s’exprimer (même sous quelques gouttes).
Photo: Stephen van Bokhoven

