« Ces gens sont vraiment stupides » : Live Nation rattrapé par des messages internes accablants
Accord contesté et fuites internes, le géant du spectacle devra répondre devant la justice, le procès aura bel et bien lieu
Live Nation est dans la tourmente : des échanges internes entre deux employés ont été rendus publics. Ils ont été révélés dans le cadre du procès antitrust visant le numéro un mondial de l’évènementiel.
Ces messages portent principalement sur les « frais annexes » appliqués à des services comme le stationnement. Dans ces échanges, les responsables se félicitent d’avoir augmenté ces frais : « On les vole en plein jour, bébé. C’est comme ça qu’on fait » ou encore « Ces gens sont vraiment stupides » avant d’ajouter « Je me sens presque mal de profiter d’eux ». Ces propos interviennent après qu’ils aient plaisanté sur l’imposition de frais de 50 dollars pour « se garer dans l’herbe » et 60 dollars pour « l’herbe la plus proche ».
Ticketmaster directors were caught bragging in internal messages about 'robbing [fans] blind'
— Culture Crave 🍿 (@CultureCrave) March 12, 2026
The messages:
• 'These people are so stupid. I almost feel bad for taking advantage of them'
• 'Robbing them blind, baby. That’s how we do it'
• Charging '$50 to park in the… pic.twitter.com/Z2kXwC2RSC
Live Nation a réagi en affirmant que ces déclarations ne « reflétaient absolument pas nos valeurs ni notre façon de fonctionner », assurant avoir pris connaissance de ces messages en même temps que le public. L’entreprise a également indiqué qu’une enquête serait menée.
Cette affaire relance un débat déjà brûlant, puisque le géant de l’événementiel était déjà sous le feu des critiques. Depuis mai 2024, Live Nation est poursuivi par le ministère américain de la Justice (DOJ), sous l’administration Biden, pour « monopole et d’autres pratiques illégales entravant la concurrence sur les marchés de l’industrie et du spectacle vivant ». Parmi les accusations, le gouvernement évoque notamment : des contrats d’exclusivité à long terme avec des salles de concert pour les empêcher de choisir des services concurrents, la limitation de l’accès des artistes à certaines salles s’ils n’utilisent pas les services de promotion de Live Nation, ainsi que des menaces et représailles contre les salles collaborant avec des rivaux.
Ce 9 mars dernier, le groupe s’était entendu avec le DOJ. Les deux parties ont alors annoncé avoir établi un accord pour mettre un terme à la procédure pour pratiques anticoncurrentielles, ouverte depuis une semaine devant les tribunaux. L’accord contraint Live Nation à verser 280 millions de dollars de dommages et intérêts aux États concernés, ainsi qu’à céder 13 salles. L’accord prévoit également de restreindre les contrats d’exclusivité conclus avec les salles pour la billetterie et de plafonner les commissions sur la vente de billets à 15 %.
Une issue en partie anticipée, puisque le juge avait déjà écarté certaines accusations avant l’ouverture du procès. Mais surtout, celui-ci s’est tenu en mars, ce qui signifie que la procédure est désormais pilotée non plus par l’administration Biden mais par celle du président Donald Trump. Un changement notable, compte tenu de la position du gouvernement Trump, réticent à intervenir en matière de concurrence.
De nombreuses figures politiques jugent toutefois cet accord trop léger. Selon Andrea Joy Campbell, procureure générale du Massachusetts, l’un des États opposés à l’accord avec Live Nation : « L’accord proposé par le ministère de la Justice est loin de protéger les consommateurs, les artistes et les salles de spectacle des préjudices causés par Live Nation et Ticketmaster », rapporte Associated Press.
Au total, trente-deux États américains ont donc choisi de rejeter l’accord conclu à l’amiable entre le gouvernement et l’entreprise, relançant ainsi la procédure judiciaire. Le procès aura donc bien lieu : il a repris ce lundi 16 mars et devrait se poursuivre pendant plusieurs semaines.

