Paris, Berlin, Bruxelles, Manchester… ces villes apprécient de plus en plus le « no phone » clubbing
Le clubbing sans smartphone : nostalgie, besoin social ou simple tendance ?
Alors que la génération Z n’a connu que des soirées hyperconnectées, où chaque instant est filmé, enregistré puis partagé, une pratique presque aussi ancienne que la fête elle-même fait son grand retour dans plusieurs villes européennes : celle du clubbing sans smartphone. Et si certains clubs proposent des éditions éphémères sans téléphone, d'autres en ont même fait leur nouvelle politique.
Sur les 91 % des Français possédant un téléphone portable, 42 % d’entre eux y consacrent entre 2 et 5 heures par jour, selon l’étude du Baromètre du numérique réalisée en 2025 par le CREDOC pour l’Arcep et l’Arcom. Un ressenti partagé par un nombre croissant de Français, de plus en plus nombreux à abandonner leur smartphone le temps d’une soirée. C’est en tout cas ce que propose le club parisien Mia Mao, qui affiche sur son site internet : « Disconnect to connect : une immersion dans le son dans une totale déconnexion ».
Cette idée n’a rien de nouveau pour les Berlinois. Le mythique Berghain, par exemple, interdit depuis plusieurs années l’usage du téléphone portable, afin de permettre aux visiteurs de vivre l’expérience pleinement et dans une atmosphère préservée. Une politique qui s’est progressivement imposée comme la norme dans la majorité des clubs de la capitale.
À Bruxelles, la tendance se développe également. Le 8 octobre 2025, le club Scène lançait sa première édition de soirée Offline avec au programme de la bonne musique, des boissons, un dancefloor et des autocollants à poser sur la caméra des smartphones. L’objectif ? Ne vivre que l’instant présent. Un clin d’œil aux traditions clubbing des générations passées, lorsque la piste de danse était un espace de déconnexion sociale, le temps de quelques heures. Finalement, l’initiative avait rencontré un tel succès que la Scène avait décidé de renouveler l’expérience avec une nouvelle édition le 5 novembre.
Toujours à Bruxelles, le club C12 adopte cette politique de manière permanente, encourageant une expérience authentique, vécue « ici et maintenant », plutôt qu’à travers un écran. Il veut que chacun puisse être soi-même sans se sentir observé ou jugé, sans pression des caméras ou des réseaux sociaux. Pour garder un souvenir des soirées tout en respectant la vie privée, C12 confie la capture de l’ambiance à son photographe interne, garantissant discrétion et consentement.
La Belgique n’en est cependant pas à son coup d’essai. Un an plus tôt, le festival de musique électronique Voodoo Village, à Grimbergen, instaurait une politique no phone pour inciter le public à vivre pleinement l’instant, « sans distractions extérieures », selon son organisateur Maxim Dekegel.
Dans la capitale anglaise, on assiste même au début d’une véritable tendance de digital detox. Plusieurs établissements se sont mis à distribuer des autocollants, tandis que de plus en plus de jeunes revendiquent un retour à la vie sociale et aux échanges directs, loin des écrans.
Selon une étude du régulateur des médias Ofcom, les Britanniques âgés de 25 à 34 ans passent en moyenne 4h03 par jour sur leur smartphone, se retrouvant ainsi dans une bulle de solitude, ou plutôt une « épidémie de solitude », comme la décrit Ben Hounsell, fondateur de l’Offline Club londonien (des événements originaires des Pays-Bas centrés sur jeux, discussions et interactions sans téléphone ni réseaux sociaux). Selon lui, une véritable dépendance aux téléphones et aux réseaux sociaux est en jeu, et ces nouveaux établissements proposent justement une autre façon de se reconnecter au monde extérieur.
Cette tendance s’étend même jusqu’au nord du pays. L’Amber’s Club et certains événements du Warehouse Project de Manchester maintiennent eux aussi cette politique sur le long terme, estimant que les portables ne font que nuire aux ondes positives des soirées.

