Sous le viaduc, la fête: dans les coulisses de XRDS avec Steven Van Belle
Cette semaine, nous avons rencontré Steven Van Belle, le Creative Director du Fuse, pour en savoir un peu plus sur ses projets.
Aux commandes du club bruxellois depuis maintenant plusieurs années, il nous raconte comment Fuse a su traverser plus de trois décennies sans jamais perdre son âme et comment est né XRDS, le festival sous le viaduc du Parc des étangs. Entre les coulisses d'une petite équipe qui a tout misé sur ce pari, les ambitions artistiques du festival et les projets qui se dessinent pour l'édition 2026, on a eu l'occasion de creuser un peu tout ça avec lui.
MR: Hello! Peux-tu te présenter brièvement, et nous rappeler comment tu as rejoint Fuse et quel est ton rôle aujourd'hui ?
Steven: Je suis le Creative Director de Fuse, et je dirige le club avec Sofie Demeulemeester et Andy Walravens. Cela fait maintenant cinq, six ans que nous gérons ce club. Andy, lui, travaille pour le club depuis 25 ans déjà.
J'ai commencé juste avant le Covid, comme marketeer freelance, pour intervenir trois mois entre deux personnes. Mais après un certain temps, ils m'ont proposé le poste, et je suis devenu marketeer — c'était une période très chaotique pour le club, avec un grand changement dans le management et pas mal de problèmes. Ensuite je suis devenu booker, et un peu plus tard, pendant le Covid, j'ai eu la chance, avec Sofie, de prouver qu'on pouvait faire tourner ce club — et on nous a proposé des postes de management.
Depuis, je suis aussi Creative Director, ce qui veut dire qu'aujourd'hui je suis responsable de la programmation du club — je m'en occupe encore seul. Je supervise aussi le marketing, et un peu la production, notamment le stage design. Mon rôle, c'est un peu de veiller à ce que l'image du club soit bien pensée, cohérente, et porte une vision solide.
MR: Fuse a été fondé en 1994 et a traversé plusieurs générations de la culture club. Qu'est-ce qui, selon toi, n'a vraiment jamais changé depuis le début ?
Steven: Ce qui n'a jamais changé, et c'est particulier pour un club, c'est l'emplacement. Ça fait presque 35 ans que c'est le même. C'est assez unique : le Tresor, par exemple, a déménagé. Il n'y a pas beaucoup de clubs dans le monde qui soient restés au même endroit et ouverts aussi longtemps.
Ce qui est remarquable aussi, c'est que certaines personnes sont là depuis le début. Comme Dominique, un de nos videurs, présent depuis le premier jour. Ou Conchita, la fameuse dame des toilettes, qui est dans ce bâtiment depuis 60 ans — elle a aujourd'hui plus de 80 ans et elle est toujours là. Beaucoup de l'équipe, c'est un peu comme une famille qui reste travailler au club longtemps. Je pense que ça contribue à donner à Fuse cette ambiance familière et accueillante : tu connais les gens qui y travaillent quand tu viens, tu connais le bâtiment, tu sens qu'il a une histoire.
Fuse est aussi resté fidèle à quelques principes : ce n'est jamais un club qui n'a fait qu'un seul style de musique, il a toujours évolué avec son époque — c'est pour ça qu'il est toujours là. Mais il a toujours eu un ethos, et pour moi, la techno et la house en restent le cœur, avec quelques aventures à gauche et à droite.
MR: Depuis que tu es directeur artistique, qu'as-tu changé ou apporté personnellement à l'identité du club ?
Steven: Une des premières choses que j'ai voulu faire en devenant directeur artistique, c'était de redonner un visage au club. Il y a eu des résidents pendant les 20 à 30 premières années, mais ça s'est arrêté à un moment — ils ont vieilli, et les clubs doivent évoluer aussi. Le club s'est alors retrouvé sans résidents, et je trouvais ça dommage.
Une des premières choses qu'on a faites, c'est donc de rassembler une nouvelle génération de résidents. J'ai eu la chance d'avoir des amis très talentueux, que Sofie et moi connaissions d'un projet qu'on avait fait avant Fuse : le Voltage Festival, un festival techno en pleine Flandre, dans une ancienne centrale électrique, où on avait aussi un label et une agence. On avait donc déjà réuni nos amis et nos projets, et quand l'opportunité de Fuse s'est présentée, on s'est dit que c'était le moment parfait pour les faire entrer et créer un nouveau groupe de résidents.
On a fait entrer Altinbas, Phara, Hadone. Il y a aussi Downside, l'ingénieur du son du club depuis de nombreuses années. On a intégré D.C. Salas, Innershades, Bibi Seck. Je pense que c'était très important pour le club, de lui redonner un visage. Avec le recul, certains de ces résidents étaient encore inconnus à l'époque, mais ils ont énormément grandi, musicalement, en production, en tant que DJ, et en termes de profil. Aujourd'hui, beaucoup d'entre eux sont des artistes professionnels, donc c'est vraiment cool de voir qu'on a construit ça ensemble.
On a aussi relancé le label Fuse, qui tourne très bien — on en est maintenant à la 14e sortie, qui arrive en septembre. On a construit un label solide, avec une très bonne réputation, et quelques sorties marquantes.
On continue aussi, encore aujourd'hui, à moderniser le club, car c'est un vieux club, et avec la nouvelle direction on s'est rendu compte que certaines choses n'étaient plus vraiment d'actualité. On continue donc d'investir pour que le club reste à jour. On essaie de le faire avec respect pour le passé, pour honorer ce pour quoi les gens connaissent Fuse, tout en restant moderne. Je pense que c'est un peu la beauté du jeu : être à la fois un club techno classique, avec une réputation et une histoire mondiale, tout en restant intéressant pour un public plus jeune. C'est un vrai défi, et une belle chose à la fois, qu'on prend très au sérieux.
MR: Quand et comment l'idée de XRDS est-elle née ? Pourquoi était-ce le bon moment pour lancer un festival ?
Steven: Avant que Sofie, Andy et moi reprenions le club, XRDS existait déjà : un open air le dimanche, assez petit, seulement 2000 personnes, mais financièrement très difficile. Puis est arrivé le Covid, et l'événement n'a pas été organisé pendant deux, trois ans. On s'est dit : c'est un lieu tellement magnifique — le parc des étangs, si bien connecté à la ville, une intersection remarquable entre des ponts bruts et la nature — que c'était dommage de ne construire qu'un petit open air. Pourquoi ne pas en faire quelque chose sur plusieurs jours, un vrai festival ? On sentait aussi qu'il manquait peut-être encore un certain type de festival en Belgique, à Bruxelles, qu'on pouvait apporter avec Fuse. Ça aidait aussi : l'été, les clubs ont du mal, et on a une équipe à payer.
C'est un peu pour ça qu'on a créé XRDS — plusieurs raisons qui, mises ensemble, faisaient sens. Et on s'est un peu lancés dedans sans trop y réfléchir : avec le recul, on se dit parfois que ça a été très lourd à porter.
MR: Quelle est la relation exacte entre Fuse et XRDS ?
C'est la même équipe qui gère les deux. C'est vraiment satisfaisant de voir que le festival grandit et devient un succès. En même temps, on veut que ce festival reste petit — on n'a pas l'ambition de devenir un festival de 10 000 personnes par jour, en tout cas pas dans un avenir proche. On pense vraiment que c'est cette petite échelle qui fait la particularité de XRDS. Dans les prochaines années, on va justement travailler là-dessus : rendre les choses plus intéressantes plutôt que de grandir en taille.
Fuse et XRDS sont deux concepts différents — un club et un festival — mais c'est aussi énormément la même chose. Les after-parties de XRDS au Fuse font partie intégrante de la programmation et de l'expérience, et c'est ce que beaucoup de gens viennent chercher à XRDS : découvrir enfin le club et le combiner avec le festival. Musicalement, c'est très proche : c'est ce qu'on fait pendant l'année, juste dans un cadre et un timing différents.
MR: Comment décrirais-tu l'identité artistique de XRDS aujourd'hui — musicalement et visuellement ? Qu'est-ce qui le rend reconnaissable comme quelque chose à part, séparé du simple "festival du Fuse" ?
Steven: Le festival a évolué. On a commencé un peu comme on fonctionnait pour le club, avec une scène plus trance, plus rapide, techno, un peu de house, un peu de oldschool — ce pour quoi Fuse est connu. Et de plus en plus, on fait évoluer ça vers un festival 100% house, techno, breaks, jungle — vraiment alternatif. Il ne reste qu'un peu de trance le vendredi, et même ça, on prévoit de le retirer l'année prochaine pour aller vers du 100% house, techno, breaks — ce qu'on aime vraiment. Moins suivre les tendances : c'est quelque chose que l'intimité et la petite échelle de XRDS nous permettent de faire.
Et je pense que ça s'aligne un peu avec ce qui se passe pour le club aussi : on veut y revenir davantage aux vraies racines, house, techno, cet underground, et s'éloigner un peu des genres plus populaires et hype de la jeune génération. Je pense qu'il y a un manque de ça en Belgique, et qu'on revient un peu à ces racines.
MR: Quel a été le plus gros défi au quotidien ?
Steven: C'est la même équipe qui gère Fuse et XRDS, et c'est une petite équipe — on est sept, huit personnes, ce qui, on nous le dit souvent, n'est pas beaucoup pour mener les deux de front. On a réinvesti tout l'argent gagné par le club dans le festival, ce qui n'a pas été simple, avec le Covid et la fermeture du club en plus — ça a vraiment été une lutte par moments.
Et on s'est un peu lancés là-dedans sans trop y réfléchir : avec le recul, on se dit parfois que ça a été très lourd à porter, faire ça à si petite échelle, en plus de faire tourner le club, à Bruxelles. Ce n'est que maintenant que le festival commence vraiment à décoller qu'on peut envisager d'impliquer quelques personnes de plus, pour que ce soit un peu plus vivable pour nous — parce que ça nous a coûté énormément d'énergie de le faire à si petite équipe pendant toutes ces années.
MR: XRDS se déroule sous un viaduc, dans un cadre très urbain. Pourquoi ce lieu, et qu'apporte ce décor industriel à l'expérience qu'un site plus "naturel" n'apporterait pas ?
Steven: Ce qui est intéressant à exploiter ici, c'est qu'on a plusieurs scènes qui ont chacune un feeling vraiment différent. The Bridge, c'est vraiment industriel — des piliers en béton, de la poussière, un peu sale. Ensuite il y a The Viaduct, qui donne vraiment l'impression d'une rave illégale sous un pont, avec l'autoroute qui passe au-dessus et qui contourne un peu la scène. Et puis il y a Outskirts, qui est vraiment dans un parc naturel, sous les arbres, avec des étangs et de l'eau.
Ces trois contrastes entre les scènes sont vraiment sympas, et c'est aussi ce avec quoi on joue musicalement : plutôt house, breaks et jungle à Outskirts ; de la techno plus rapide sous le pont ; et des sons plus old school et deep au Viaduct. C'est intéressant de voir que ces scènes, bien que sur le même terrain, sont toutes visuellement différentes — et on essaie d'honorer ça à la fois avec la musique et avec le design des scènes.
MR: Comment équilibres-tu résidents, jeunes talents et têtes d'affiche ?
Steven: Les résidents jouent un grand rôle pour XRDS. Cette année, c'est le premier live set d'Altinbas. On a aussi Setaoc Mass et notre résident Phara qui présentent leur projet Seconds pour la première fois — ce qui est spécial, puisque Setaoc Mass sort sur le label Fuse, tout comme Phara. Il y a aussi Border One, Marie-Julie, et beaucoup d'autres résidents présents. C'est spécial qu'ils soient le visage du club, et c'est vraiment cool de pouvoir présenter des choses en avant-première à un large public avec eux — c'est un peu ça, la manière dont le festival fonctionne. Beaucoup de DJs qui ont joué à Fuse reviennent aussi à Crossroads, et on construit vraiment quelque chose avec eux dans la durée.
MR: Qu'est-ce qui t'excite le plus dans l'édition de cette année ? Des artistes, collaborations ou concepts qui représentent le mieux où en est XRDS aujourd'hui ?
Steven: Ce qui m'excite le plus cette année, c'est que pour la première fois, on va vraiment travailler la scénographie du site : on implique des artistes pour cinq installations, plutôt des espaces chill-out. Ça ajoute quelque chose au festival pour se détendre, écouter... C'est quelque chose qu'on veut vraiment développer davantage dans les prochaines années, et je pense que ça correspond vraiment à l'esprit du festival — ajouter plus de découverte entre les scènes, plutôt étendre le terrain dans ce sens que d'agrandir les scènes ou d'en ajouter.
MR: Qu'est-ce qui est nouveau ou différent cette année par rapport aux éditions précédentes ?
Steven: Il faut aussi souligner qu'on propose un menu 100% végé depuis plusieurs années, tout en produits locaux, avec des traiteurs locaux — ce qu'on trouve important, pour montrer qu'il existe de belles initiatives à Bruxelles et qu'on peut très bien manger, sainement, sans viande. On ajoute aussi un bar à café et un bar à vin, avec une sélection de vins naturels de qualité, qu'on a construite et sélectionnée nous-mêmes avec enthousiasme. On est par exemple passés de Coca-Cola à Fritz Kola, on propose du kombucha — on essaie vraiment d'aller vers quelque chose de plus naturel. Un festival ne doit pas forcément tourner autour de ce qui est mauvais pour la santé — alcool, drogues, fast-food ou rentrer tard. C'est quelque chose que Sofie a construit, presque entièrement seule, et dont on est vraiment fiers — la bonne nourriture, les bonnes boissons jouent un rôle de plus en plus important.
MR: Quelles sont tes ambitions à long terme pour XRDS ?
Steven: Pour XRDS, on veut garder cet esprit DIY, cette petite échelle — une fête solide sur des bases simples, mais en ajoutant et en approfondissant certaines couches. C'est vraiment ça, l'idée pour les prochaines années : pas de croissance, mais plus de qualité, plus d'exploration.
XRDS c’est les 14 et 15 août prochains. Pour en savoir plus sur ce festival de 2 jours, 3 scènes et + de 50 artistes, n’hésitez pas à consulter le site officiel ici.
Pour la billetterie, c’est par ici.
Photo: Simon Leloup

