En bref
« Grandir localement avant de rêver international » rencontre avec Aly Goede, le booker du Sandbox Festival en Égypte
Le programmateur de l'un des plus grands festivals d'Afrique du Nord nous rappelle que la musique est avant tout une affaire de rencontres et de rassemblement.
Dans une industrie musicale saturée par les egos, les calculs commerciaux et la dictature des algorithmes, une voix refuse de jouer le jeu, Le Sandbox Festival. Niché sur les rives de la Mer Rouge, à El Gouna, ce festival égyptien cultive quelque chose de rare : la communauté. C'est la vision de Tito El Khachab, fondateur de Nacelle et du Sandbox, qu'Aly Goede concrétise au quotidien en tant que programmateur.
Né d'une mère égyptienne et d'un père allemand, il a découvert sa passion pour la musique électronique à Berlin avant de rejoindre Sandbox comme bénévole lors de sa première édition. Douze ans plus tard, ce duo déniche les artistes qui aiment rester et se fondre dans la foule. Des DJ's qui aiment vivre le festival jusqu'au bout plutôt que de s'éclipser une fois leur set terminé. Ensemble, ils pilotent aussi d'autres projets majeurs : événements corporate et concerts internationaux aux pieds des Pyramides.
C'est au food corner, à l'abri du vent qui balayait les rives de la mer Rouge, que j'ai rencontré Aly Goede. Très vite, l'aura bienveillante d'Aly transforme l'interview en une discussion spontanée. Dès les premiers instants, j'ai compris ce que Tito voulait dire lorsqu'il parlait de « famille », on se sent tout de suite chez nous.
Derrière le line-up pointu du Sandbox se cache un passionné de DJing et de découverte musicale, convaincu que les artistes comme les festivals se construisent d'abord autour d'une communauté. À travers ses mots se dessine l'essence même du Sandbox.
« J'ai toujours été exposé à la belle musique arabe du côté de ma mère et à Depeche Mode (...) du côté de mon père »
D’où te vient cet amour pour la musique ?
Ma mère est égyptienne et mon père est allemand, donc je suis un mélange des deux. Mes deux parents adorent la musique. J'ai toujours été exposé à la belle musique arabe du côté de ma mère et à Depeche Mode et ce genre d'artistes du côté de mon père.
J'ai grandi en Allemagne, à Berlin, et puis j'ai oscillé entre les deux pays. Berlin a définitivement marqué mon amour de la musique. J'y ai grandi avec la Love Parade. C'est une ville très ouverte d'esprit et on est naturellement exposés à la musique. Ici en Égypte, c'était différent.
Quel genre de musique préfères-tu ?
Personnellement, je suis plutôt attiré par la disco et j'adore la voir revivre. À la maison, j'écoute beaucoup de la musique ambient, des artistes comme Nils Frahm. Si je suis dehors, je peux écouter de la house. Ça dépend vraiment du contexte.
Qu'est-ce qui rend Sandbox spécial ?
Sandbox est spécial parce que c'est un festival égyptien qui a commencé ici et nous avons créé quelque chose qui va au-delà de tout ce qu'on pouvait imaginer.C'est avant tout les gens, les invités, le mélange des festivaliers et les artistes qui rendent le festival special. Ils ont tous cette curiosité et cette bienveillance en commun : ils ont le cœur ouvert. C'est notre philosophie. Et je pense que la façon dont nous travaillons se reflète sur les gens.
Quel type de musique les festivaliers cherchent-ils le plus ici ?
Honnêtement, nous essayons d'ouvrir un peu l'esprit des gens. Avec la programmation que nous proposons, nous cherchons à présenter un large éventail de genres. Chaque stage a sa propre identité sonore, et nous construisons le line-up pour que les gens puissent se déplacer et explorer différents artistes. Ils peuvent rester une heure au Sandbox Stage à écouter Moodyman, puis aller découvrir Dixon sur le Playground Stage, et ensuite trouver des artistes locaux cool au Groovebox.
Qu'est-ce qui rend un DJ approprié pour Sandbox ?
Nous dénichons les artistes émergents, les locaux ou les passionnés qui mettent en avant leur musique et fédèrent autour d'eux. Sur le Sandbox Stage, nous accueillons aussi des gros noms comme Moodymann, Ben UFO et cette année Floorplan et Craig Richards. C'est un mélange de tout : des nouveaux talents aux artistes légendaires.
« La plupart des DJs restent trois jours et profitent vraiment du festival. »
Quelle est la partie la plus difficile du booking ?
Contacter un artiste n'est pas difficile. N'importe qui peut trouver un email en ligne. Ce qui m'intéresse vraiment, c'est trouver de nouveaux talents et créer des liens durables ou même des amitiés. Nous avons beaucoup d'artistes au festival que nous invitons régulièrement parce qu'ils font partie de la famille comme Dixon, par exemple. Il est venu à El Gouna quatre fois. Ce sont tous de grands supporters du festival et c'est ça que nous apprécions. Ce qui est plus important pour moi, c'est assurer le bon déroulement de l'événement, car cela se reflète sur le booking. Mon travail c'est aussi de surveiller comment la logistique fonctionne, comment l'artiste arrive ici, comment il est accueilli.
Que disent les DJs du festival lorsqu'ils viennent ici ?
La plupart des DJs restent trois jours et profitent vraiment du festival. Et puis, El Gouna est un bel endroit. Quand ils viennent ici se détendre, ils ne s'attendaient peut-être pas à trouver tout ça. Ils remarquent aussi que les festivaliers dansent même s'ils mettent une musique un peu différente de ce qu'ils attendent.
As-tu un conseil pour les DJs nord-africains qui souhaitent progresser ?
Je pense que la partie la plus importante est de grandir dans sa région, dans son pays natal. Nous nous concentrons toujours sur l'international, mais la vraie progression commence chez soi.
N’oubliez pas d’où vous venez et collaborez avec différentes personnes pour apprendre les uns des autres ! C'est ça qui crée un bel élan et pousse aussi les artistes à être reconnus à l'international.
Tout au long de cet entretien, Aly Goede nous révèle que le véritable succès d’un festival se mesure à sa capacité à tisser des liens durables. Cette philosophie fait du Sandbox Festival une véritable communauté exaltée et passionnée, façonnée par ceux qui choisissent d’y revenir.
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