En bref
Le secret de Sandbox : trois jours d'immersion au cœur du festival qui fait vibrer l'Égypte
Carnet de bord de trois jours pour découvrir les coulisses d'un festival pas comme les autres
L'Égypte est un pays magnétique qui existe dans notre conscience collective, comme si quelque chose nous reliait tous à cet endroit. Et c'est à El Gouna, non loin d'Hurghada, que certaines âmes en quête d'ondes positives se rejoignent au Sandbox Festival. Du 7 au 9 mai, s'est déployé un petit paradis de la musique électronique accueillant des festivaliers du monde entier.
Au fil des années, ce festival « boutique » s'est imposé comme un rendez-vous culturel incontournable, redéfinissant les contours du festival en Afrique du Nord et sur la scène internationale. Pour cette douzième édition, Sandbox reprend ses quartiers entre le désert et la plage. À la tête du festival, trois figures incarnent cette vision partagée : Tito El Khachab en tant que fondateur, Adham Taweela en tant que directeur des opérations, et Aly Goede aux commandes de la programmation artistique. Son succès repose sur l'engagement commun de son équipe, de ses bénévoles, des artistes et du public.
À El Gouna, le Sandbox tisse une expérience sensorielle complète : installations artistiques qui surgissent du désert, ateliers créatifs, yoga au soleil et massages. Tout est pensé pour offrir une pause bien méritée dans ce monde au rythme effréné. Autour du festival rayonnent les villas d'El Gouna et les activités qui font la richesse du lieu : plongée, kite surf, snorkeling.
Excitée de découvrir ce que cache le festival, je passe sous l'arche où sont suspendues les immenses lettres « Sandbox », portée par la foule. Quelques pas plus loin, l'étendue de sable se dévoile, ponctuée d'installations colorées qui semblent avoir poussé au milieu du désert. Nous profitons du climat saisonnier idéal qui offre une température chaude la journée et fraîche en soirée. C'est aux côtés d'Aline, — qui connaît le festival comme sa poche — que j'avance, attirée par la musique.
Au bord de la mer, les basses de la scène Beach Hut résonnent à travers le désert. Dans le DJ Booth, Misty nous propose un set vibrant, coloré et groovy à souhait. C’est le moment où je lâche prise et entre enfin dans l'aventure.Certains festivaliers profitent d'une parenthèse de plénitude dans l’eau ou sur les poufs avant de retourner danser. Non loin, sur le rivage, on observe les activités nautiques : plongée, snorkeling, kite-surf, des activités qui font d'El Gouna un repaire pour les amateurs de sensations fortes.
Un peu jalouse, je trempe mes pieds dans l'eau fraîche et je retourne comme revigorée, vers la Beach Hut. J'ai cette sensation étrange que le temps semble s'étirer. Je me balade entre les différents stands et animations : massages, yoga, expériences immersives… Chaque espace nous invite à prendre notre temps avant que la soirée ne commence. Je découvre les différentes scènes dont les fameuses Sandbox Stage et Playground. Mon cœur balance aussi pour la Selectbox, la scène secrète, et la Groove Box, qui ressemblent à de véritables capsules temporelles perdues au milieu de nulle part. Face à une telle profusion de scènes, une question s'impose : comment peuvent-elles cohabiter sans empiéter les unes sur les autres sur le plan sonore ?
La réponse réside dans l'ingéniosité de Tito et de ses équipes, qui ont su tirer parti de l'un des plus grands trésors d'El Gouna : son désert. Fidèle à son nom, le Sandbox Festival a transformé les dunes de sable en murs acoustiques naturels. Grâce au travail minutieux des ingénieurs du festival, chaque scène dispose de son propre écrin sonore, préservant son identité sans jamais perturber l'expérience des autres espaces.
Cette année, plus de cent artistes ont fait vibrer les huit scènes du festival. Aux côtés des figures incontournables : Craig Richards, Dixon, Dan Shake, Bedouin, Sally C, Floorplan. Dans ce line-up défilent des talents locaux qui incarnent l'essence de la programmation Sandbox comme Hisham Zahran et Hamdi Ryder. Tandis que les b2b inédits — Shanti Celeste et Peach, Butch et Toman, DJ Tennis et Traumer — nous proposent la fusion de leurs univers.
Lorsque la nuit enveloppe le festival et que la voie lactée déploie ses milliers d'étoiles, l'ambiance change complètement. Les corps se désinhibent entre les rayons des stroboscopes. Alors que je navigue d'une scène à l'autre, j’arrive à la Sandbox Stage, où Craig Richards, tel un enchanteur, lance sur ses platines le titre légendaire ' Ring My Bell'. Le refrain hypnotique sonne comme un mantra que la foule reprend en chœur, les mains levées vers le ciel.
Il y a des sets qui restent à jamais gravés dans nos souvenirs et pour moi, certains sortent du lot : le show énergique de Desiree ainsi que celui du duo Tripolism, qui ont réussi, grâce aux textures et aux basses à faire résonner chaque parcelle de mon corps. D'autres moments m'ont fait me sentir vivante : le très attendu Dixon au Space Stage avec une sélection envoûtante ; Paramida qui a enflammé la foule du Sandbox Stage ; les bpms haletants de Rossi puis Courtesy. Enfin, le b2b magique entre Shanti Celeste et Peach qui m'a accompagné jusqu'au petit matin.
À un moment, je me retrouve seule et je profite de cet instant pour vivre le festival dans ma tête. Et c'est là que j'entre dans un état d'introspection intense. Je marche jusqu'à la plage les pieds nus et m'allonge sur un gros fatboy. La lune et les étoiles se reflètent dans l'eau face à moi. Au loin, j'entends les classiques de The Blaze. Au rythme du ressac, une vague de nostalgie monte en moi. Les basses du titre iconique ‘Territory’ résonnent jusqu'à mes pieds enfouis dans le sable. Un morceau qui a marqué nos jeunesses. Je vois les années passer sous mes yeux. Je me demande si les festivaliers derrière moi ressentent la même chose.
Les années filent. Pourtant, ici, à El Gouna, tout semble suspendu. Comme dans un vortex où les repères habituels disparaissent : l'âge, les obligations, les étiquettes. Une des rares fois où je me sentais simplement flotter. Être. Tout simplement. C’est donc ça la magie Sandbox ? Pour comprendre ce sentiment difficile à définir, il faut regarder du côté de ceux qui façonnent le festival depuis ses débuts.
La magie Sandbox
Derrière le succès du Sandbox Festival, Tito El Khachab et Aly Goede défendent la même vision fondée sur l'authenticité et la découverte. Les artistes sont choisis pour leur ouverture d'esprit et leur chaleur autant que pour leur talent. À contre-courant d'une industrie obsédée par la croissance et les têtes d'affiche, Sandbox privilégie l'expérience intimiste. Si les artistes sont choisis sur mesure, le public aussi a grandit d’année en année grâce à une communication ciblée pour les futurs membres de la grande tribu Sandbox.
À travers ses conversations avec Tito et Aly, deux figures centrales du festival, émerge une philosophie commune : l'humain avant tout. Tito insiste sur le refus délibéré des codes conventionnels. Ici pas de VIP room, pas de headliners choisis les yeux rivés sur leur nombre d'abonnés. Il programme en scannant l'« esprit de l'artiste », et part à la recherche de celui qui sort de sa zone de confort et reste ouvert à l'imprévu. Sa conviction est radicale : « Le capital peut créer des événements gigantesques, mais il ne peut pas créer la confiance. »
Aly, avec son sourire communicatif, incarne lui aussi ces valeurs. Il a grandi entre Berlin et l'Égypte avant de devenir programmateur. Pour lui, le booking ne consiste pas à dénicher les plus gros noms, mais à construire des relations durables et à créer une « famille » d'artistes qui, comme les festivaliers, « ont le cœur ouvert ». Chaque stage possède sa propre identité sonore, permettant aux visiteurs d'explorer librement plutôt que de suivre un chemin imposé par des têtes d’affiche.
Ce duo complémentaire pilote ainsi un festival où les artistes restent trois jours pour vivre le festival plutôt que pour faire leur show. Une approche radicalement humaine dans une industrie saturée par les egos et les chiffres. C'est d'ailleurs ainsi que l'on reconnaît la famille Sandbox : une bienveillance sincère, une énergie lumineuse et cette façon rare de s'intéresser réellement à vous lorsque vous leur parlez.
En effet, le festival est constitué majoritairement de locaux et de gens provenant des pays limitrophes. Je l'ai remarqué quand mes confrères égyptiens et dubaïotes m'ont baladée d'un côté à l'autre. Ici, tout le monde se connaît. Comparé aux autres festivals, il n'y a pas une foule d'influenceurs qui regardent l'objectif de leurs caméras au lieu de ressentir le moment. Pas de hiérarchie, pas de culture VIP.
Je ne sais pas comment expliquer la quiétude qu’il y a ici à El Gouna et au sein du festival. Même attendre le taxi à 6h du matin n'était pas une corvée tant l'ambiance en dehors des murs du festival était paisible en compagnie des autres journalistes et des festivaliers.
Et c'est peut-être là qu'on comprend vraiment ce que Sandbox cherche à construire. Lors de cette douzième édition flottait une émotion commune, une douceur bittersweet face à l'instabilité qui sévit à quelques kilomètres au-delà des montagnes. Il est devenu urgent de créer des moments d'échange, de culture et de collectif, même lorsque tout s'évapore sous nos pieds. La prochaine édition de Sandbox se prépare sûrement déjà dans les coulisses avec une soif de faire vivre cette magnifique région à travers la musique et ces liens humains.

