En bref
Miamor : “J’aime que les gens ne sachent jamais vraiment à quoi s’attendre de ma part”
Entretien avec la DJ belge de 21 ans, entre groove, influences UK et vision personnelle de la scène électronique.
« Mia, fais quelque chose avec cette musique », c’est ce que ses amis lui répètent pendant des années avant qu’elle ne finisse par franchir le pas. À seulement 21 ans, Mia, plus connue sous le nom de Miamor, s’est déjà fait une place sur la scène électronique.
Chez elle, la musique est une histoire de famille. Tout commence très tôt, avec ses parents, de qui elle dit avoir beaucoup appris. Elle se souvient de longs trajets en voiture, sur la route du ski, où passaient des vieilles musiques des années 60, 70 et 80 : “Je m’installais dans mon siège auto et je chantais du AC/DC, tout comme je chantais du Barry White”.
Puis son univers s’élargit encore, grâce à son frère. Avec lui, elle découvre la liquid drum & bass et les vieux disques de house, ceux qu’on ne trouve que sur YouTube. Des styles bien différents qui façonnent, dès le début, son goût assez éclectique pour la musique.
Originaire d’Anvers, elle grandit dans une ville qui marque son parcours artistique. C’est là qu’elle commence à observer la scène autour d’elle, et qu’une idée s’installe : celle d’apporter quelque chose de nouveau à la ville. Elle a parfois l'impression que les événements se ressemblent beaucoup, et qu’il existe encore une vraie marge pour aller plus loin et proposer autre chose.
Mais une autre partie de son identité se construit ailleurs, dans un cadre plus intime. À Bornem, son village, la musique fait aussi partie du quotidien : “Je trouve que tout le monde dans notre village est très proche. Tout le monde se connaît, et beaucoup de gens sont liés par l’amitié et la musique. C’est aussi un endroit où beaucoup de gens s’investissent dans la musique, avec diverses associations qui organisent des événements et des soirées. Il y a une énergie très créative, et je pense que nous pouvons tous en être vraiment fiers”.
C’est d’ailleurs dans ce même village que le DJ et producteur Pegassi a grandi. Miamor explique avoir pu compter sur son soutien tout au long de son parcours, un accompagnement qu’elle considère avec beaucoup de gratitude.
Très tôt, la musique prend de plus en plus de place dans sa vie. En écoutant des titres du matin au soir ou en jouant du saxophone, Miamor s’est toujours sentie connectée à cet univers. Jusqu’à ce moment où ses amis lui lancent cette phrase qui change tout. À partir de là, tout s’accélère : des petits shows locaux aux premières scènes plus importantes, puis aux dates à l’international. Tout va très vite pour la jeune DJ.
Ces derniers mois, elle joue notamment deux fois en Allemagne. Un moment clé pour elle, là où elle s’est dit “ok, c’est vraiment en train d’arriver, les choses commencent à devenir plus sérieuses”. Tout s'enchaîne alors très vite, avec des scènes comme Tomorrowland ou Paradise City : “Honnêtement, j’ai encore du mal à croire à quelle vitesse tout va. Je suis extrêmement reconnaissante envers tous ceux qui m’ont offert ces opportunités. Parfois, j’ai encore besoin d’apprendre à les apprécier et à en prendre davantage conscience, car je ne pense pas le faire suffisamment. C’est peut-être parce que je peux parfois être assez dure avec moi-même”.
En parallèle, elle construit aussi son identité musicale. Elle s’inspire d’artistes comme Mac Declos ou 1morning, dont elle aime l’énergie et le côté fun, notamment après l’avoir vu au Horst Festival.
Elle décrit son style comme un mélange de groove, teinté de funk, avec de fortes influences britanniques. Si elle cherche parfois à faire dialoguer ces deux univers dans ses sets, elle préfère malgré tout les garder distincts, tant leurs rythmes et leurs BPM diffèrent. “Secrètement, j’aime que les gens ne sachent jamais vraiment à quoi s’attendre de ma part – si je vais opter pour des vibrations groovy ou des sons UK plus profond”.
Cette volonté de jouer avec la surprise et de ne pas se laisser enfermer dans une seule direction musicale reflète en réalité une approche plus large de son rapport au DJing. Au-delà des styles et des genres qu’elle explore, c’est surtout sa manière de construire ses sets qui prime : une démarche guidée avant tout par le ressenti et l’instant.
“Bien sûr, j’espère que le public va adhérer, mais pour moi, ce qui compte vraiment, c’est d’être pleinement convaincu par ce que je joue et d’y prendre moi-même un réel plaisir. Je pense que c’est la seule façon de vraiment progresser et de s’améliorer dans ce qu’on a vraiment envie de faire, le public finira par ressentir cette énergie lui aussi”.
Elle fait aussi partie d’une génération d’artistes qui évolue avec les réseaux sociaux. Un outil devenu incontournable, mais qu’elle utilise avec distance. Beaucoup d’artistes en font un pilier de leur visibilité, mais elle, reste réservée. De fait, les réseaux sociaux ne font pas l'unanimité. Même si certains estiment devoir avancer avec leur temps et profitent de cette plateforme pour augmenter leur visibilité, pousser leur créativité ou même connecter avec d’autres du milieu, pour d’autres cela reste parfois compliqué.
C’est le cas de Miamor, qui nous explique avoir du mal avec cet aspect-là : “Je vois beaucoup de DJ qui créent sans cesse du contenu, mais personnellement, je ne suis pas vraiment fan de cette approche. Pour moi, l’accent doit rester sur la musique. Je pense qu’il est important de montrer sa musique et son identité en tant qu’artiste, mais je n’aime pas vraiment quand les DJ se transforment soudainement en créateurs de contenu à plein temps.”
Pour elle, la musique doit rester au centre et ne doit pas se laisser envahir par les réseaux sociaux. Elle explique que les DJs ne devraient d’ailleurs pas changer qui ils sont, juste pour gagner plus d’abonnés.
Et dans le milieu dans lequel elle évolue, d’autres prises de conscience se sont ajoutées. En grandissant dans l’ère du mouvement #MeToo, elle dit avoir appris à faire plus attention aux personnes avec qui elle travaille. Elle nous explique porter beaucoup plus d’attention aux personnes et aux environnements qui l’entourent.
Même si certaines choses commencent à changer et que les voix se libèrent, notamment grâce à des plateformes comme metoodjs, il existe encore de nombreuses dynamiques de pouvoir au sein du milieu. “Je ne pense pas que cela changera du jour au lendemain. Parfois, quand les gens deviennent très célèbres dans ce milieu, on a l’impression que la passion pour la musique disparaît et est remplacée par un sentiment de pouvoir, et je pense sincèrement que ce n’est pas acceptable”.
Aujourd'hui, elle avance avec des objectifs très clairs et des projets plein la tête. Se lancer davantage dans la production, voir des gens danser sur ses propres morceaux, jouer dans des festivals comme Dekmantel ou Horst... les idées sont déjà là. Et surtout, une envie forte : construire un son qui lui soit propre, reconnaissable dès les premières secondes.
Le 29 mai prochain, Miamor posera ses platines à Bruxelles, sur la Place Noord, pour un DJ set qui s'annonce marquant.
Crédit photo : Farah Lieten


