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En bref

Horst : « Je ne pense pas que les programmateurs prennent suffisamment de risques à l’heure actuelle », entretien avec son cofondateur et directeur musical Simon Nowak

Entre scénographies immersives et soutien aux scènes émergentes, le Horst Arts And Music Festival défend une vision plus libre de la musique électronique

  • Salomé Bayat
  • 7 May 2026

Depuis ses débuts en 2014, le festival Horst s’est imposé comme un ovni dans le paysage électronique belge. Né de la volonté d’un groupe d’amis de sortir la musique électronique des immenses prairies, souvent impersonnelles, pour la ramener vers une expérience plus intime, immersive et proche de la culture club, le projet s’est construit autour d’une approche radicalement DIY. Architecture, scénographie, son et programmation y sont pensés comme un tout, loin des logiques de têtes d’affiche et des formats standardisés qui dominent aujourd’hui l’industrie des festivals.

Douze ans plus tard, Horst est devenu une référence internationale sans pour autant abandonner cette philosophie initiale. Cofondateur et directeur musical du festival, Simon Nowak gère aujourd’hui l’ensemble de la marque Horst : de la programmation à la supervision générale du festival et du club, en passant encore par certains aspects de la production. À travers cette vision transversale, il continue de défendre une approche où la prise de risque artistique, le lien au lieu et l’expérience collective priment sur les recettes toutes faites. Entre identité musicale, rapport à l’espace et tensions économiques du secteur, il revient sur l’évolution de Horst et sur ce qui distingue encore le festival aujourd’hui.

Comment avez-vous façonné l’identité musicale spécifique de Horst ? Y a-t-il eu un moment où cette orientation artistique s’est vraiment imposée à vous ?

Au début, lorsque nous avons commencé à nous développer en tant que festival, nous engagions simplement des DJs que nous avions vus dans des clubs et que nous trouvions cool de faire jouer à notre soirée — des artistes que nous ne voyions pas vraiment figurer sur les affiches d’autres festivals à l’époque.

Mais nous avons également lancé Horst à un moment où le secteur des festivals était en plein essor. Donc ces DJs sont soudainement devenus plus célèbres, plus chers et plus demandés. On se retrouve donc dans une lutte constante avec d’autres festivals, à courir après les mêmes artistes et à rivaliser dans un espace qui ne correspond plus forcément à notre identité.

Je pense que le véritable tournant s’est produit lorsque nous avons déménagé à Vilvoorde — sans doute lors de la deuxième ou troisième édition organisée là-bas. C’est à ce moment-là qu’il nous est apparu très clairement que notre public n’avait en réalité pas besoin de têtes d’affiche traditionnelles. Les gens croyaient en l’identité musicale et en la vision de Horst en soi.

Cette prise de conscience a complètement changé notre approche de la programmation. D’un coup, on a compris qu’on pouvait se montrer bien plus audacieux et créatifs dans l’élaboration de la programmation.

En 2026, qu’est-ce qu’une « bonne » programmation signifie pour vous ? Que recherchez-vous alors que tout semble de plus en plus saturé ?

Il faut inclure dans la programmation certains artistes qui servent de points de repère, puis construire autour d’eux un ensemble sonore captivant.

Une bonne programmation doit présenter un bon équilibre : les artistes locaux doivent être correctement représentés, mais il faut aussi des artistes émergents, des gens qui ont peut-être été un peu oubliés mais qui restent très pertinents, et de jeunes artistes à qui l’on donne la chance de se produire à des moments vraiment intéressants et de montrer ce dont ils sont capables.

Je pense donc qu’il faut prendre des risques et intégrer de nouveaux noms et de nouveaux artistes dans la programmation. Sinon, les programmations finissent par se ressembler toutes — on dirait presque des copier-coller. Je ne pense pas que les programmateurs prennent suffisamment de risques à l’heure actuelle.

Il y a quelque chose chez Horst qui le rend unique — moins axé sur le commerce, plus immersif. Selon vous, qu’est-ce qui le distingue du reste du paysage des festivals de musique électronique ?

Horst, c’est l’Asiat Park et Vilvoorde. Ce n’est pas quelque chose que l’on pourrait simplement transporter la semaine prochaine vers un autre endroit en Belgique, ou ailleurs en Europe. Cela rend l’expérience beaucoup plus immersive. On entre dans un paysage qui est très différent de tout autre cadre de festival. On voit à peine des barrières et les structures typiques des festivals que l’on voit ailleurs. Je pense que c’est ce qui le distingue vraiment.

Un autre élément important de l’identité de Horst réside dans le fait que nous avons très consciemment décidé d’organiser une sorte de programme de bénévolat où les gens viennent aider à monter le festival. Il nous faut plus de quatre semaines pour monter le festival, c’est donc un processus très lent. Ce n’est pas la manière la plus efficace de faire les choses, ce qui semble presque contre-productif dans un environnement où tout doit se faire de la manière la plus efficace et la plus rapide possible, car le temps, c’est de l’argent.

Lorsque vous composez la programmation, pensez-vous également en termes d’espace ? Certains artistes s’associent-ils immédiatement à des scènes ou à des cadres architecturaux spécifiques ?

Oui, tout à fait. On ne place pas automatiquement les artistes les plus célèbres sur la plus grande scène. Au contraire, on réfléchit de manière beaucoup plus précise : tel son va très bien fonctionner sur telle scène à tel moment de la journée. Peut-être qu’un artiste ou un son s’accordera parfaitement avec le coucher du soleil ou la fin d’après-midi, tandis qu’un autre aura beaucoup plus de sens dans l’ambiance plus sombre d’une scène plus tard dans la nuit.

Il y a toujours un dialogue permanent entre la programmation et l’architecture. C’est aussi un avantage quand une scène existe depuis plusieurs années, car on commence progressivement à découvrir certaines caractéristiques de cet espace : quels genres y fonctionnent, quelle énergie correspond à l’environnement, quel type d’ambiance s’en dégage naturellement. On peut alors vraiment commencer à composer une programmation spécialement adaptée à cette scène et à son identité.

Le changement de cette année est difficile à ignorer : une programmation presque entièrement composée d'artistes locaux. D'où vient cette décision ?

Je ne dirais pas qu’il s’agit d’une programmation presque entièrement locale, mais nous avons pris la décision très claire d’accueillir beaucoup plus d’artistes locaux. Par le passé, nous avions déjà une forte composante locale — environ 30 %, je crois — et cette année, nous avons fait passer ce chiffre à près de 45 ou 50 % de la programmation.

La Belgique est très petite, alors la question est devenue : comment faire briller davantage la scène locale ? Comment crier au reste de la Belgique, mais aussi au reste du monde : « Hé, on a beaucoup de talent ici. Venez jeter un œil et écoutez-nous. »

Souvent, j’ai l’impression que les artistes locaux offrent un très bon spectacle parce qu’ils connaissent le festival, ils connaissent le public et ils comprennent le contexte. Dans un environnement où les festivals, les soirées en club et les artistes en tournée se multiplient, les DJs internationaux n’ont pas toujours le temps ni l’énergie créative nécessaires pour réfléchir en profondeur au set qu’ils devraient jouer, à la configuration de la scène ou au profil du public. Parfois, ils finissent par ressasser une formule toute faite.

Comment décririez-vous l’état actuel de la scène électronique bruxelloise et belge ? Qu’est-ce qui semble particulièrement dynamique en ce moment ?

Je pense qu’il y a beaucoup de talents à Bruxelles et en Belgique en ce moment. Il se passe beaucoup de choses en même temps, et je trouve que Bruxelles se porte vraiment bien. Il y a plein de choses passionnantes qui se passent, même si la culture club est soumise à une forte pression.

La culture des clubs n’est certainement plus ce qu’elle était il y a 10 ou 15 ans. Les clubs doivent désormais s’adresser à un public très large, ce qui peut quelque peu diluer leur vision artistique. Ils doivent également se montrer très prudents face au risque. Ils sont obligés d’enchaîner les têtes d’affiche et les invités internationaux, simplement pour rester à flot.

Donc, si la culture des clubs subit ce genre de pression, je pense qu’un festival devrait commencer à assumer ce rôle : mettre en avant les talents locaux, donner aux gens l’occasion de montrer ce dont ils sont capables, mais aussi leur laisser la possibilité d’échouer et de découvrir ce que cela signifie de jouer devant un large public. On a besoin de cette expérience pour se développer en tant que DJ ou artiste.

À contre-courant d’une industrie des festivals de plus en plus standardisée, Horst continue de défendre une approche plus immersive, expérimentale et profondément liée à sa scène locale. Pour Simon Nowak, l’enjeu est désormais de continuer à prendre des risques, autant dans la programmation que dans la manière de concevoir l’expérience du festival, tout en donnant davantage de place aux artistes émergents et locaux. Une vision que Horst entend inscrire durablement dans son identité.

Horst Festival 2026 se tiendra du jeudi 14 au samedi 16 mai au Asiat Park, l’occasion, une fois encore, de découvrir de nouveaux artistes locaux aux côtés de la scène internationale.



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