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Culture

Les enfants des premiers sound systems itinérants reprennent le flambeau

La passion pour la musique électronique, de génération en génération

  • SHANNA JONES | PHOTOGRAPHIE: DAISY DENHAM & KHRIS COWLEY Pour HERE & NOW
  • 25 July 2018

À la fin des années 80, un collectif de fans de musique électronique aspire à vivre une utopie itinérante. Leur communauté idéalisée – une qui résisterait au capitalisme, au néolibéralisme et aux clubs hors de prix – conjurée grâce à un téléphone portable de la taille d’une brique, à la batterie d’une durée de vie d’environ trois minutes. En Grande-Bretagne d’abord, des sound systems comme Spiral Tribe, DiY, Sunnyside, Splat et Total Resistance s’emparent illégalement des warehouses et des champs dans tout le pays, à l'apogée du mouvement des Travellers new age. Le son des désormais célèbres ‘orbital raves’ résonnaient à travers tout le périph’ M25 de Londres et si les murs d’enceintes n’étaient pas toujours de très bonne qualité, l'atmosphère n'avait rien à envier aux soirées de 2018 les plus explosives.

Pendant cinq ans, le rêve est devenu réalité. « Les gens arrivaient à casser les barrières de tristesse et d’ego causés par la société divisée qui les entourait », raconte Barney Philbrick, ancien DJ de free. « Les ravers existaient dans une tribu euphorique de solidarité. » Les DJs ont commencé à fonder leur famille sur la route et pour un instant, on aurait dit que la rave était synonyme d’esprit communautaire.

Mais comme pour la plupart des mouvements utopistes, l’élan n’a pas duré. Le droit pénal a été adapté pour s’assurer que toute musique électronique aurait besoin d’une licence pour exister, et les raids de police ont connu un nouveau pic de violence lors des rassemblements des Travellers new age. Au milieu des années 90, les ravers deviennent l’ennemi public numéro un ; le visage de la scène s’en trouvera à tout jamais changé. Mais 25 ans plus tard, les enfants élevés au milieu des murs d’enceintes reprennent le flambeau de leurs parents, et veulent aller plus loin. Cinq familles expliquent comment la passion pour la musique électronique peut-être une affaire de famille.

Shaded (Lucy) et sa mère JenJen

« À Boomtown, Lucy jouait sur un gros système et j’étais là à la regarder avec mon crew, en criant ‘Yeah !' », dit JenJen, DJ du sound system free party Sunnyside et ancienne résidente à Helter Skelter, Hardcore Heaven et Radical Rehousing à Amsterdam. « Je rigolais, en pensant, Dieu du ciel, tes retours font la taille de nos anciens murs ! »

Quand JenJen faisait ses premiers pas dans le DJing, le milieu était majoritairement masculin et elle note que la différence principale entre les 90’s et aujourd’hui est l’acceptance des femmes derrière les platines. Comme une des toutes premières DJs féminines de Grande-Bretagne à aller à Ibiza, JenJen est plus que fière de la confiance en elle de sa fille et de son goût pour la scène.

Le hobby de Lucy a commencé tôt, quand elle a reçu un premier bac de vinyles pour son 14e anniversaire. Aujourd’hui âgée de 28 ans, elle se représente régulièrement sous l’alias Shaded chez les grands sound systems underground que son Irritant, BBL et Kaotik, où elle joue principalement de la drum’n’bass et de la jungle.

« Ma maman est la raison pour laquelle je fais ce que je fais », explique Lucy. Quand elle était petite, il y avait un studio à la maison avec une paire de platines prêtes à l’emploi et JenJen lui a montré les ficelles du métier. Aujourd'hui, Lucy et JenJen font toutes les deux des études d’ingénieur du son et jouent souvent en back-to-back.

MRT et son papa Ryan aka DJ Resist

Ryan Resist est le stage manager de l’énorme set up de l’araignée pyrotechnique Arcadia, qui parcourt les festivals du monde entier. Il a également travaillé sur des shows à Broadway, programmé la scène The Common à Glastonbury et était directeur musical de Bassline Circus pendant 6 ans.

À l’époque, Ryan était un DJ de Total Resistance, il vivait dans une camionnette ; s’il a progressé du statut de raver à celui de producteur, il a toujours travaillé dans des festivals et des soirées et a vu la culture free party évoluer des premiers hippies qui dansaient dans les champs aux gigantesques festivals privés d’aujourd’hui. « Il y avait beaucoup de mécontentement dans les années 90, et beaucoup plus de cohésion du mouvement contre le système et la société en général », il explique. Pour lui l’apathie générale d’aujourd’hui est due à l’overdose d’information. « Alors que le système change, les façons de repousser les moyens de nous contrôler doivent évoluer aussi, tous ces éléments qui prennent aux masses pour donner aux plus riches »

Son fils de 14 ans, un fan de dubstep et de grime, prend des cours de production et a pris l’alias MRT. Son père espère pouvoir l’impliquer dans les prochaines sorties Uncommon Records. Même si le rêve utopique des années 90 n’a jamais vraiment réussi à se concrétiser, Ryan reste optimiste pour l’avenir de son fils et dit que son but est toujours de créer une communauté harmonieuse pour la génération suivante.

Max Volume et ses parents Ixindamix et Meltdown Mickey

Quand les premiers membres de Spiral Tribe Ixindamix et Meltdown Mickey ont eu leur fils Max, ils n’ont pas senti le besoin de poser leurs valises pour autant. Max est né sur la route, à Berlin, et a mis les pieds en rave pour la première fois à l’âge de deux semaines. Enfant, il était entouré de la culture free party et a toujours trouvé l’atmosphère inspirée et amusante. « Quand je grandissais dans un gros camion Scania bleu, le studio de ma mère prenait la moitié de la place. J’étais toujours fasciné par l’équipement électronique, les synthés et les machines. Pour mes yeux d’enfant, ces petits écrans, boutons et potards ressemblaient à l’intérieur d’un vaisseau spatial ». À 12 ans, Max a reçu sa première boîte à rythme, un cadeau d’anniversaire, et sa passion pour le son n’a fait que grandir depuis. Désormais âgé de 23 ans, il a joué aux côtés de ses parents au takeover SP23 (partie de Spiral Tribe) de la scène Scrapyard du Boomtown 2017.

Alors que Mickey tend vers des sets deep et ambient et Ixindamix passe toujours de l’acid des premiers jours, les beats de Max viennent chauffer de dancefloor avec de la house et de la techno. Il s'agit de « Faire danser les gens, les amener à bord de notre vaisseau spatial, décoller et aller là où on doit aller ».

[Photo : Paul Krause]

El Médico (Murdoch) et son papa Craig Buy

Craig Buy a découvert la culture free party avec un voyage d’une semaine à Castlemorton, la rave qui a fait évoluer la loi anglaise. À l’époque, peu de gens réalisaient que cette soirée historique allait provoquer la fin de la culture free tels qu’ils la connaissaient. Mais ça n’a pas fait peur à Craig. Inspiré des sound systems DIY et de l’acid house, il a acheté un vieux mur d’enceintes avec Barney Philbrick, rescapé qu’un club de Coventry et l’ont baptisé Splat.

Craig pense que la différence principale entre son expérience sound system des premiers jours et celle de son fils Murdoch est la qualité de l’équipement et le savoir-faire de ceux qui s’en servent. « On n’avait aucune idée de comment utiliser notre équipement ; on a tout appris sur le tas », il s’esclaffe.

Murdoch aka El Médico, a tiré parti de son adolescence pour développer sa dextérité sur les contrôleurs, vinyles et CDJs, et à 21 ans, il explore différents genres. « Avant, je jouais de la d’n’b jusqu’à ce que mes parents m’emmènent à ma première free party, le 25e anniversaire de DIY », il raconte. Depuis, il s’est pris d’une passion certaine pour la house et la techno, plus particulièrement les sous-genres les plus hard.

Désormais, ils forment un duo père-fils imparable, jouent souvent en b2b en soirée et collaborent sur leur projet The Good Times Alliance, une expérience rave immersive qui comprend musique, VR et mapping vidéo.

Charlie Kane et sa maman Sim Simmer

« Il y a a peu près 10 millions de genres, maintenant. À l’époque, quand j’ai commencé, tu ravais ou tu ne ravais pas, » se souvient Sim Simmer, le premier MC de Spiral Tribe et désormais moitié du duo The BadGirlz. « Tu n’allais pas à une ‘soirée drum’n’bass ou une ‘soirée progressive trance’ – on ne mentionnait même pas de genre ».

Son amusement n’est sans doute pas sans rapport avec la variété des styles de musique électronique avec lesquels son fils Charlie, âgé de 23 ans, aime expérimenter dans ses productions. Techno, drum’n’bass, progressive tech-house, acid, breakbeat, neuro funk et psy-breaks pour ne citer que quelques uns des titres de sa discographie. « C’est probablement du suicide, d’un point de vue marketing », explique Charlie Kane, « Mais j’aime beaucoup de genres musicaux, donc je produis naturellement plein de styles différents ».

Ces dernières années, des labels plus commerciaux ont peut être été rebutés par son mélange des genres, mais c’est bien au sein de la scène underground que Charlie a fait bonne impression depuis ses 16 ans. Ayant grandi entouré d’instruments de production, il a développé une approche intuitive du live et du sound design. Son nouvel album, ‘The Elastic Church’ sort bientôt, avec une atmosphère aérienne qui rappelle les bande-sons de cinéma, les jeux vidéos rétro et les premières raves warehouse, bien sûr.

Shanna Jones est journaliste freelance, suivez-la sur Twitter

Adapté de l’Anglais par @MarieDapoigny

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