Search Menu
Home Latest News Menu
En bref

OMAKS : « J'attire un peu ce que je suis »

Free party, années lyonnaises, all night long et première tournée américaine : OMAKS raconte comment il a bâti sa carrière en restant fidèle à lui-même

  • Camille-Sarah Lorané
  • 22 October 2026

Sur scène, OMAKS envoie reverse bass et acid à pleine vitesse. Dans la vie, Charly aime flâner à la maison, voir ses amis et ses semaines au calme. Nous avons pu lui poser quelques questions pour percer qui se cache derrière les platines avant de le rencontrer lors de notre Mixmag Lab Lille en décembre. Avec son sourire contagieux, son énergie bienveillante et son optimisme inébranlable, on a vite l’impression d'être assis dans le fond d’une cuisine en plein after, à refaire le monde en espérant que la nuit ne s'arrête jamais.

Au lycée, Charly était déjà le mec avec l'enceinte, celui qui ambiançait tout le monde avec les derniers sons et qui fédérait les troupes autour de la musique. Les platines lui ont permis de voir plus grand et de partager cet amour à travers les continents. Avant même de produire, il souhaitait marquer les esprits pour que les gens se souviennent d’avoir transpiré, vibré et aimé sur ses sets.

Né à Paris, il lance son projet en avril 2020, puis part à Lyon en 2021. C'est là-bas qu'il explose avec ‘Back Street Bass’, sort son premier EP et enchaîne ses premiers clubs. Tout s'aligne, comme si c'était écrit.

De retour dans la capitale depuis 2024, il fonde son label ENERGIC en 2025. En septembre de cette même année, il joue son premier all night long parisien. Méticuleux et habité par le besoin de se surpasser, il s'est entouré d'un coach pour préparer cette longue performance. L'effervescence des tournées a toutefois un prix : il produit beaucoup moins depuis son défi « une track par mois » de 2023 et ressent le manque de la création.

À l’aube de sa première tournée américaine, il revient dans cet entretien sur ses années de teufeur en free party; ses multiples projets et la pression de vouloir tout mener lui-même. Au fil de l’entretien, il se livre à une profonde introspection sur son impérieux besoin de ralentir la cadence pour se recentrer sur l’essentiel.

« OMAKS, c'est ma part la plus extravertie »

Sur tes photos et dans tes visuels, tu dégages une énergie folle, presque extravagante. Pourtant, tu te dis casanier. Qui es-tu vraiment ?

Pendant des années, je n'ai pas fait la différence entre Charly et OMAKS. OMAKS, c'est ma part la plus extravertie : sur scène comme sur les réseaux, je donne le maximum. J’ai aussi beaucoup de moments calmes.

Les gens pensent que je suis tout le temps à fond, alors qu'en soirée il m'arrive d'être plus calme que d'autres. Il y a une part plus classique de moi, avec ses doutes.


Tu t'apprêtes à partir trois semaines et demie en tournée aux États-Unis. Tu appréhendes ce départ ?

Pourquoi avoir peur ? J'appréhende pas du tout. Le seul stress, c'était le visa : il faut des dates confirmées pour le demander, et à un moment, il n'était toujours pas accepté alors que tout était calé. Finalement, je l'ai, pour trois ans. Je vais pouvoir faire des allers-retours et me construire une audience là-bas.


Trois semaines et demie loin de chez toi, pour un casanier…

C'est le petit flip. Heureusement, mon manager m'accompagne : seul, je serais resté à l'hôtel. Je fais une semaine en Amérique du Sud, puis deux aux États-Unis, où la scène grossit vraiment.


Tu vas adapter tes sets au public américain ?

Peut-être un peu plus de bass music, ils sont très dubstep là-bas. Je m'adapterai à l'artiste d'avant et à l'heure de passage, mais je pourrais jouer le même set qu'en Europe. Je veux rester fidèle à mes sons.

« (...) tu partages parfois plus avec des inconnus qu'avec des potes de longue date »

Tu as découvert la musique électronique en free party. Raconte-nous cette époque.

Vers 2015-2016, j'écoutais surtout du rap. Un pote, Charles Tanguy, déjà bien dans la free, m'a dit : « Vas-y, est-ce que t'es chaud qu'on aille en free ce week-end ? ». Ça commence dès le train : tu repères les gens habillés d'une certaine façon, tu sens que tu te rapproches de la teuf.

Sur place, tu partages parfois plus avec des inconnus qu'avec des potes de longue date. Tout le monde est là pour la même chose : une forme de liberté, un peu au-delà des lois. On se trouve dans notre petit coin de paradis, on fait nos trucs, on s'auto-gère comme on veut. J'ai pris une claque. J'en ai fait une vingtaine en deux ans, partout en France, avant le Covid. Ça a grave forgé une partie de moi.


À quel moment tu passes de l'autre côté des enceintes, pour prendre toi-même les platines ?

À l’époque, mon ancien directeur de la boîte événementielle dans laquelle je travaillais, et avec laquelle j’organisais des festivals, m’avait emmené dans une sorte de cave aménagée en studio à Paris. C’est là que j’ai vu des mecs mixer pour la première fois et que j’ai réalisé à quel point c’était technique. C’est aussi un des premiers moments où j’ai commencé à avoir envie de m’y mettre. C'était en 2018-2019. Grâce à eux, j'ai découvert les soirées Contrast à Paris et l'acid techno. J'ai relié les deux mondes : l'esprit free party, hardcore et dark, et une acid techno plus accessible. Ce sont toujours les deux piliers de mes sets : naviguer entre différentes sonorités et énergies comme l'acid et clore sur des styles très intenses voire hardcore.


Toi qui viens de la free, comment vis-tu la répression actuelle ?

Ça fait peur. Le mouvement a toujours été réprimé, depuis Spiral Tribe dans les années 90. Mais avant, c’étaient surtout les organisateurs qui étaient visés. Aujourd’hui, ce sont les deux. D’un côté, les organisateurs qui peuvent risquer plusieurs années de prison, et de l’autre, les participants qui peuvent désormais écoper de 500 euros d’amende simplement pour avoir participé à une free party. Forcément, quand tu risques autant juste pour aller faire la fête, tu commences à y réfléchir à deux fois.

Il restera toujours des petites free de 300 personnes. Mais les rassemblements de plusieurs milliers de personnes vont se raréfier. Si la loi Ripost est maintenue, ce sera la fin du mouvement. Voir les forces de l'ordre détruire le matériel sur les sites de teufs, c'est dingue. J'espère qu'en 2027, une nouvelle politique supprimera ces lois qui nous enlèvent la liberté.

« En 2027, il y aura plusieurs collabs avec des artistes »

Que réserve ton label ENERGIC pour 2027 ?

Il y a eu un creux ces six derniers mois : j'ai changé d'agence, d'agent, de manager, toute l'équipe. La dernière sortie, c'est ‘Rebel’ d'Annie, une productrice très talentueuse.

En 2027, il y aura plusieurs collabs avec des artistes que beaucoup de gens aiment. Et je continuerai à dénicher des talents, confirmés ou émergents.


Tu prépares aussi une collection de merch. Qu'est-ce qui t'a donné envie ?

C'était très demandé. J'avais fait des t-shirts il y a quelques années, mais là, c'est une véritable collection de merchandising exclusif OMAKS pour début 2027. J'adore la mode depuis toujours, déjà au lycée. Ça me tenait à cœur.


Tu veux aussi lancer une branche événementielle.

C'est l'objectif de 2027 : organiser mes propres soirées ENERGIC. J'ai fait une école d'événementiel parce que je rêvais de monter un festival éclectique de trois à cinq jours : bass music, bounce, hardcore, hard techno. Organiser des soirées, créer les affiches, inviter des artistes au fil des ans pour former une petite famille : ça m'a toujours plu. On cherche des lieux inédits, et à Paris, c'est vraiment dur. Il y aura peut-être aussi une refonte de l'identité du label.

« J'attire un peu ce que je suis. »

Ton identité musicale est pleine évolution, peux-tu nous expliquer cela ?

Mes tracks qui ont le mieux marché sont en reverse bass. Mais avec ENERGIC, l'idée est de casser les barrières : j'ai sorti autant de bounce que de hardcore, d'acid ou de hard techno. Ça a aussi influencé mon profil d'artiste.

En set, je m'éloigne de ma ligne habituelle : reverse bass, acid, puis hard dance. J'ajoute de la bounce, des passages plus lents, parfois une transition pour changer complètement de style.

En production, l'idée pour 2027, c'est de garder le côté vénère de la reverse bass, avec une mélodie qu'on retient et qu'on a envie de chanter.


Tu as déjà confié que ce rythme aurait pu te mener au burn-out. Qu'est-ce qui t'a fait comprendre que tu ne pouvais pas continuer ainsi ?

Tous les ans, en janvier, c'est les vacances : pas de show pendant un mois. Ne pas me déplacer m'aide à recharger les batteries.

Le problème, c'est que j'ai voulu tout gérer : le label, les sets, la prod, le merch, le stylisme, la com… Quand tu empiles, au bout d'un moment, ça craque. Ça a un peu explosé ces derniers mois, mais ça va mieux.

À un moment, tu captes qu'on est tout petits sur ce monde, et qu'il faut arrêter de s'en faire des caisses. Mon conseil : entoure-toi bien, et surtout, rends-toi compte que tu es bien entouré. Parfois, c'est quand les gens ne sont plus là que tu comprends qu'ils comptaient. Il ne faut pas les prendre pour acquis.


Pendant le confinement, tu te lançais depuis chez ta mère. Que dirais-tu à ce Charly-là ?

Bien ouèj ! C'est sûr que tu vas réussir. Reste focus, reste vrai avec ton public, n'essaie pas de te créer un personnage. Il y en a plein qui le font et ça marche très bien, mais moi, j'avais besoin de mettre ma personnalité dans mon projet.

En soi, je ne suis pas si étonné. Mais je suis fier d'avoir eu cette fougue, et de l'avoir toujours, parce que le chemin n'est pas du tout fini. Il y a encore plein d'objectifs. Casser les plafonds de verre est peut-être même plus dur maintenant qu'au début, quand il n'y avait rien du tout.

Et au final, ça a un peu marché, parce que la communauté est là. Après mon all night long à Paris, beaucoup m'ont dit que le public était chill, qu'il y avait de la place pour danser et personne de bizarre. J'attire un peu ce que je suis.

Entre une tournée marathon en Amérique et son set au Mixmag Lab Lille aux côtés de TRYM et Lessss, OMAKS nous réserve de belles surprises en 2027, des collaborations très attendues sur ENERGIC et le lancement de ses propres soirées. Six ans après ses débuts, sa recette n'a pas changé : rester vrai, croire en soi et par-dessus tout, faire danser les gens.



XXX


XXXX

Next Page
Loading...
Loading...