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En bref

SOME SMALL FORTUNE : corto.alto dévoile la sortie d'un nouvel album

Fidèle à l'esprit affranchi de la ville de Glasgow, le producteur écossais nous raconte son envie d'exploser les codes du jazz

  • Iona BERMON
  • 23 June 2026

Figure de proue de la scène avant-gardiste écossaise, corto.alto jongle entre beatmaking, trombone et basse pour livrer un groove survolté. Nominé au Mercury Prize en 2024, Liam Shortall (alias corto.alto) s'est rapidement forgé une renommée internationale avec des tournées en Europe comme aux US, dont un passage récent dans les studios de KEXP. Le multi-instrumentiste a révélé ce matin la sortie de son nouvel album chez Ninja Tune, prévue pour le 4 septembre, la veille de son passage au Festival Jazz à la Villette à Paris.

Bâti sur des basslines charnues et des nappes de cuivres lancinantes, SOME SMALL FORTUNE s'annonce comme un véritable monument de cross-sampling, fusionnant UK jazz, sonorités club, broken beat et hip-hop. Des singles "coup de poing" tels que "THIEF", "GO" avec le rappeur nigérian Vector, ou encore "WHODIS" en featuring avec Mick Jenkins, offrent un avant-goût prometteur de l'œuvre.

Nous sommes allés à la rencontre de l'artiste lors de sa dernière date à Paris pour parler sampling, souvenirs d'adolescence et nuits trop courtes.

La tournée en Europe touche à sa fin. En parallèle, tu es en train de boucler les derniers morceaux de ton prochain album. Quel est ton état d'esprit?

On vient de rentrer d'une tournée aux Etats-Unis, puis on a enchaîné avec une tournée européenne. Entre les deux, j'ai essayé de composer. J'ai beaucoup appris sur moi-même et sur mon processus de travail, mais c'est clairement un défi. On se levait à 3 heures du matin pour prendre l'avion, on finissait les concerts à 1 heure du matin, puis deux heures de sommeil, et ça cinq nuits d'affilée. Le plus facile en tournée, c'est d'être sur scène et de jouer. Les gens pensent que je suis stressé, mais je suis juste heureux d'avoir une heure et demie de répit, où je peux penser à rien d'autre. Tu te retrouves dans une petite ville, au hasard en Allemagne, et d'un coup, 200 personnes se pointent. C'est là que le syndrome de l'imposteur entre en jeu. Dans ma tête, je me dis : « Vous n'avez rien de mieux à faire ? »

Ta musique brise radicalement les codes du jazz. Depuis quand est-ce que tu intègres des éléments électroniques dans tes compositions ?

Je ne me considère pas vraiment comme un artiste jazz. Je pense qu'il y a beaucoup de préjugés et de pression au sein de cette communauté qui vise les artistes qui veulent sampler du Justin Bieber, jouer des morceaux d'Ice Spice ou utiliser des dub sirens. Les gens méprisent ça. Quand j'étais plus jeune, je pensais que pour jouer du jazz, il fallait juste être hyper doué de son instrument et être capable d'improviser sur n'importe quelle grille d'accords. Tout a changé quand j'ai arrêté de me soucier du jugement des autres. Il n'y aucune musique au monde qui soit réellement mauvaise je pense. J'aime tout autant Ice Spice que Miles Davis. Honnêtement, c'est vrai. Ma seule devise, c'est de ne copier personne d'autre. Si tu copies, au mieux, tu seras le second meilleur. Tout ce qu'il reste à faire, c'est de créer la musique que tu espérais voir exister.

On entend beaucoup d'échos positifs sur la scène de Glasgow dont tu viens. Qu'est-ce qui la rend si précieuse et innovante selon toi?

En Écosse, on n'a pas accès aux mêmes infrastructures qu'à Londres, Berlin ou Paris. On a pas un club de jazz, pas une station radio dédiée au jazz. On a à peine des labels, aucune presse spécialisée. De mille façons, ça nous a poussé à développer un son non conformiste.

Si tu vis dans un endroit où il y a un chemin tout tracé - une émission de radio, un festival, un label - j'ai l'impression qu'il y a cette tentation de créer un certain type de musique qui s'inscrit dans ce cadre. Le simple fait de ne pas avoir ça autour de nous à Glasgow a rendu la musique vraiment singulière. Et puis, les gens à Glasgow veulent vraiment que tout le monde y passe un bon moment. Ça fait tellement partie de l'éthos local. Quand tu es à une jam session à Glasgow et qu'il y a un nouveau venu, tout le monde est super enthousiaste.

Peu importe si la personne joue depuis six mois ou vingt ans. Il y a clairement des jam sessions auxquelles j'ai participé ces dernières années en dehors de Glasgow où t'as l'impression que les gens s'en foutent de t'entendre jouer ou non.


Ton prochain album est intitulé ' SOME SMALL FORTUNE ' A quel genre de fortune tu fais référence ?

J'ai écrit cet album après le décès de ma grand-mère et après avoir vendu la maison où je suis né et où j'ai grandi. Je réfléchissais beaucoup au changement, aux souvenirs et à combien ils sont peu fiables. Je pense que je suis quelqu'un d'assez nostalgique. Je l'étais surtout au début de ma vingtaine, quand l'idée de perdre des souvenirs et de voir les choses changer me déprimait. Tu grandis et tout à coup, tous tes potes déménagent. Là, tu réalises à quel point c'était bien quand tout le monde était là, qu'on était jeunes et qu'on s'en foutait du reste. Le titre de l'album est vraiment lié à ce à quoi tu peux t'accrocher et à ce que personne ne peut t'enlever. C'est plutôt un rappel à moi-même de rester reconnaissant. C'est petit et personnel, mais c'est une fortune.

Cet album s'est construit autour de nombreuses collaborations. Lesquelles t'ont le plus marqué ?

Cet album est un mic-mac d'une tonne de batteurs que j'adore, et de beaucoup de sons et de personnes que j'aime. Je voulais vraiment faire découvrir au public des artistes de Glasgow qu'ils ne connaissaient pas, comme la chanteuse Terra Kin, dont je suis proche depuis très longtemps. J'avais toute une liste de personnes avec lesquelles je voulais fairede la musique. Mick Jenkins en faisait partie, mais c'était une chimère. Puis mon management l'a contacté et il était partant. Ça m'a beaucoup appris sur la collaboration et l'intentionnalité quand on écrit pour d'autres artistes. Parfois, un son peut paraître un peu forcé. Ça se ressent tout de suite quand un artiste enchaîne 16 mesures juste pour un billet.

C'était pas le cas ici. Ça s'est fait tout naturellement. J'ai composé la track 'WHODIS' en un après-midi en samplant 'APRIL', un autre morceau de l'album. Il y a une tonne de cross-sampling partout dans l'album en fait. Je l'utilise tout le temps.

Crédits photo : Michal Augustini







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