« Burning Man a perdu son âme » : son cofondateur critique sévèrement le festival
À l'occasion des 40 ans de Burning Man, John Law, l'un des trois cofondateurs de l'événement, estime que le rassemblement a perdu l'esprit anarchiste de ses débuts et s'est transformé en terrain de jeu pour les plus fortunés.
Alors que Burning Man célèbre cette année sa 40e édition, l'un de ses fondateurs vient de livrer une critique particulièrement sévère de l'événement qu'il a contribué à créer. Dans une tribune publiée le 29 août par le San Francisco Standard, John Law affirme que le Burning Man actuel est devenu difficilement reconnaissable par rapport à celui des premières années.
Law a participé à la création de Burning Man avec Larry Harvey et Jerry James, avant d'aider à déplacer l'événement vers le désert de Black Rock, dans le Nevada, en 1990. Il a quitté son organisation en 1996 et n'a plus participé au festival depuis. Selon lui, les premières éditions reposaient sur une logique radicalement différente : quelques centaines de personnes construisant ensemble une ville temporaire, sans véritable hiérarchie ni objectif commercial.
« Ce que c'est devenu me rend un peu triste », écrit-il. Il reconnaît néanmoins que l'expérience vécue par les participants reste réelle et que Burning Man peut toujours être une semaine particulièrement forte pour ceux qui s'y rendent. Mais pour lui, cela ne suffit pas à retrouver l'esprit originel. Le festival serait passé d'une « collaboration anarchiste entre égaux » à un événement beaucoup plus structuré, coûteux et accessible en priorité à ceux qui disposent des moyens financiers nécessaires.
L'une de ses principales critiques concerne justement l'arrivée progressive de l'argent de la Silicon Valley. Law évoque les entreprises technologiques ayant investi la culture Burning Man et cite notamment les camps équipés de chefs privés ainsi que les participants arrivant en jets privés. Parmi les personnalités associées au festival au fil des années figurent notamment Elon Musk, Sergey Brin, Larry Page, Mark Zuckerberg ou Jeff Bezos.
Pour Law, cette évolution entre directement en contradiction avec ce qui faisait la singularité du projet initial. Dans les premières années, les participants fabriquaient eux-mêmes leurs costumes, leurs œuvres et leurs véhicules artistiques. Le travail collectif était une partie essentielle de l'expérience. Aujourd'hui, estime-t-il, les « plug-and-play camps » permettent à certains festivaliers de louer une expérience quasiment prête à l'emploi, sans nécessairement participer à la construction de Black Rock City.
Le changement d'échelle est considérable. Law rappelle qu'environ 70 personnes participaient à l'édition de 1990, contre 25 000 en 1999 et près de 80 000 en 2019. Cette croissance a nécessairement transformé la nature de l'événement, mais c'est précisément cette transformation que le cofondateur remet en question.
La question financière est devenue d'autant plus visible que les tarifs d'accès à Burning Man restent élevés. Pour l'édition 2026, les billets peuvent aller de plusieurs centaines à plusieurs milliers de dollars selon les catégories et les programmes concernés. Pour Law, cette réalité contribue à éloigner le festival de son caractère contre-culturel initial.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le cofondateur s'oppose à la commercialisation de Burning Man. Dès les années 2000, Law s'était engagé dans un conflit juridique autour de la propriété des marques Burning Man et Black Rock City, estimant que le projet ne devait appartenir à personne et que ses symboles auraient dû être placés dans le domaine public. Il défendait déjà l'idée que Burning Man était le résultat du travail de milliers de participants et ne pouvait donc être considéré comme une propriété privée.
Cette critique intervient alors qu'un documentaire en quatre parties, The Man Will Burn, revient justement sur l'évolution de Burning Man, de ses origines contre-culturelles à son statut actuel de phénomène mondial. John Law figure parmi les personnes interrogées dans la série, aux côtés d'autres figures historiques du festival.
Le paradoxe est que Law ne considère pas pour autant Burning Man comme un échec. Il reconnaît que l'événement continue de produire des expériences fortes et une communauté importante. Son reproche porte plutôt sur ce que cette croissance a fait au projet initial : plus de participants, plus d'argent, plus de structures et une visibilité internationale, mais aussi davantage de hiérarchie et de consommation.

