Toujours plus vite : ce que nos BPM disent du monde en 2026
Bien que l’IMS rapporte la bonne santé de l’industrie musicale, la dance music s’accorde à l’état du monde : elle accélère.
15,1 milliards de dollars. C’est la valorisation record de l’industrie électronique en 2025. Comme l’indique le rapport 2025/2026 de l’IMS, l’International Music Summit, présenté à Ibiza du 22 au 24 avril, ces chiffres ont augmenté de 7% en un an. Pourtant, sous cette surface, le streaming croît moins vite que le reste du marché, et ce pour la première fois depuis son apparition dans les années 2000. Mais alors, si les revenus des multiples plateformes de streaming musical grandissent de moins en moins vite en 2025/2026, quel est cet autre moteur qui reprend un peu plus le contrôle ?
Les données SoundCloud indiquent quant à elles une certaine tendance en 2025 pour une musique électronique plus rude, plus rapide. Pour preuve, les uploads de Schranz, sous-genre de techno dure allemande avec un tempo extrêmement élevé, ont explosé de 83% en un an.
La Schranz reste par ailleurs très loin d’être un cas isolé : on observe depuis trois ans une augmentation de tracks hardstyle, hardcore ou hardtekk dépassant la barrière des 180 BPM. SoundCloud n’est pas la seule plateforme à le relever, Tiktok témoignant également d’une progression de 147% de SpeedGarage en un an, ce qui permet de souligner que le durcissement en question traverse aussi bien les plateformes que les styles musicaux.
Le rapport de l’IMS, rédigé par l’analyste Mark Mulligan de MIDiA Research, introduit donc l’idée que la musique tend à refléter l’atmosphère géopolitique mondiale en devenant plus dure et rapide dans les périodes où les actualités sont particulièrement turbulentes. Le rapport anticipe par ailleurs que 2026 suivra la même logique. Ce que nous avons vu comme une simple tendance esthétique passagère avec la Schranz s’avère davantage être un réflexe culturel documenté.
En parallèle de l’augmentation d’écoute de musique électronique au BPM très élevé, un autre fait mérite de s’y attarder : l’intelligence artificielle. En effet, le rapport relève un bond énorme des revenus des outils de génération musicale par IA et de séparation de stems (de pistes), soit une hausse de 651% entre 2023 et 2025. Ces outils atteignant les 333 millions de dollars de revenus, les revenus des logiciels musicaux plus traditionnels ont pour leur part reculé.
Les deux faits que nous avons relevés depuis ce rapport ne sont pas complètement dissociés, bien au contraire. L’IMS fait le lien entre un monde saturé de commodification et de contenu généré par des algorithmes avec les scènes et la culture qui demeurent le cœur battant de la musique électronique. Sans doute est-ce pour cela que le public cherche l’expérience physique radicale, loin de l’utilisation massive de l’IA, loin des évènements peu joyeux dont s’orne le globe. En réponse à cela, on se dirige vers la sueur, la pression des basses à 180 BPM dans un club bondé afin de prendre goût à la température de ce grand bain aux multiples remous nourris par le sentiment d’urgence collective.
Ce déplacement est confirmé par les données économiques et les chiffres fandom. On observe en 2025, dans l’ensemble de l’industrie musicale, une progression de 21% des revenus dits expanded rights, comprenant merchandising, vente directe artiste-fan, ce qui surpasse toutes les autres catégories. L’industrie se repose alors un peu plus sur la ferveur active des fans et non pas seulement sur un modèle de consommation passive.
Alors certes, l’industrie fait son poids avec ses 15 milliards, les algorithmes poursuivent leur prolifération, l’intelligence artificielle est bel et bien rentrée dans la course, loin de ses premiers pas. Toutefois, malgré tout ça (ou peut-être à cause de ça), ce que beaucoup cherchent en 2026, c’est une pièce sombre, noire de monde, inondée dans un tempo frénétique, afin, supposons, de s’accorder à l’autre tempo qui, lui, leur est imposé, celui d’un monde en perpétuel mouvement qui par moments semble tourner plus vite, trop vite, bien plus vite qu’à son habitude.

